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Jeudi 14 novembre 2002

Le Crédit lyonnais
L'Express du 14/11/2002
Retour sur un scandale d'Etat
par Gilles Gaetner
L'ordonnance de renvoi des responsables de la banque ex-nationalisée devant le tribunal correctionnel de Paris est édifiante. Avec, en première ligne, Jean-Yves Haberer, sur fond de milliards envolés... Jean-Yves Haberer
D'une intelligence brillante, Jean-Yves Haberer, 69 ans, est le prototype du grand commis de l'Etat. Major à sa sortie de l'ENA, il choisit tout naturellement l'Inspection des finances et se retrouve, à la fin des années 1960, directeur du cabinet de Michel Debré aux Affaires étrangères, puis à la Défense nationale. En 1974, il participe à la création du club Echange et Projets de Jacques Delors. Lors de la vague de nationalisations, en 1982, Haberer quitte le poste prestigieux de directeur du Trésor pour être nommé président de Paribas, grâce, en partie, au ministre de l'Economie, qui n'est autre que Delors. 1986: première cohabitation. Haberer, suspecté d'avoir été trop proche des socialistes, doit quitter Paribas. Deux ans plus tard, avec le retour de la gauche au pouvoir, il rebondit et se voit confier la présidence du Crédit lyonnais, où il succède à Jean-Maxime Lévêque. Haberer reste cinq ans Boulevard des Italiens. Au cours des années 1991-1992, il mènera, selon le juge Courroye, une gestion hasardeuse, source, aujourd'hui, de ses ennuis judiciaires.
Une fresque étonnante. Une plongée vertigineuse, dans les secrets et les dérives d'une grande banque, le Crédit lyonnais. C'est ce que décrit le juge Courroye dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris des principaux protagonistes d'une affaire d'Etat. Un document de 119 pages où l'on découvre, détails et révélations à l'appui, comment, de 1990 à 1992, le Lyonnais a renfloué, à perte, la Metro Goldwyn Mayer (MGM) de Giancarlo Parretti. Aidé son ami, Florio Fiorini, toujours à perte. Choyé un promoteur flamboyant, Michel Pelège. Une plongée qui nous révèle le goût prononcé du président du Lyonnais de l'époque, Jean-Yves Haberer, pour les dépenses extraordinaires. Et nous apprend que la banque - bien avant l'arrivée de celui-ci, en 1988 - avait mis sur pied une structure occulte destinée à rémunérer certains cadres.
En première ligne, tout au long du document de Courroye, un personnage brillant, esthète: Jean-Yves Haberer. Qui est poursuivi pour présentation de comptes inexacts, diffusion d'informations fausses et distribution de dividendes fictifs, en 1991 et 1992. A ses côtés, également renvoyés devant le tribunal, l'ancien directeur général, Bernard Thiolon, et son adjoint, François Gille. Et encore l'ex-directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet, en dépit du non-lieu requis par le parquet. A propos de Trichet, aujourd'hui gouverneur de la Banque de France, Philippe Courroye serait-il allé un peu vite en affirmant qu'il ne pouvait ignorer les agissements d'Haberer? Le procès, prévu du 6 janvier au 12 février 2003, devrait apporter une réponse à cette question clef.
Retour sur un scandale d'Etat et morceaux choisis de l'ordonnance du juge Courroye.
MGM: le jeu trouble du Lyonnais
«Un personnage hors du commun.» Tel est, en 1990, le jugement flatteur que porte Jean-Yves Haberer sur l'homme d'affaires italien Giancarlo Parretti, propriétaire de la Metro Goldwyn Mayer (MGM), célèbre firme de cinéma de Hollywood. Un drôle de personnage, Parretti. Malgré des ennuis judiciaires en Italie, il parvient à racheter, au printemps 1987, grâce à un prêt du Crédit lyonnais Bank Nederland (CLBN, la filiale néerlandaise du Crédit lyonnais), la société américaine Cannon, endettée à hauteur de 2 milliards de francs. Fin octobre 1990, Cannon, devenue Pathé-Communication, prend le contrôle de la MGM pour 1,3 milliard de dollars. Chaque fois, le CLBN lui accorde des encours considérables. Pourtant, le président du Lyonnais ne s'émeut guère des antécédents de Parretti, pas plus qu'il ne s'inquiète des engagements du Lyonnais sur l'homme d'affaires italien. Haberer plaide qu'en 1990 non seulement le CLBN ne lui fournissait que peu d'informations sur la situation réelle de la MGM, mais, en prime, lui dissimulait ses comptes.
Pas d'accord, répond le juge Courroye. En effet, écrit-il, dès décembre 1990-janvier 1991, Haberer, informé «de la mauvaise situation [de la MGM], estimera nécessaire d'envoyer à Los Angeles une équipe dirigée par deux directeurs centraux, François Gille et Alexis Wolkenstein. Ceux-ci resteront à Los Angeles, de mars à juin 1991, pour étudier les risques du dossier MGM, prendre le contrôle de celle-ci et essayer de la redresser».
Dix ans de déboires judiciaires et financiers
Eté 1992
Le directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet, avertit le ministre de l'Economie, Michel Sapin, de la dégradation de la situation de la banque.
Septembre 1992
Michel Sapin demande des explications à Jean-Yves Haberer.
Juillet 1994
La commission d'enquête parlementaire se montre très critique envers les ex-dirigeants de la banque.
Octobre 1995
La Cour des comptes épingle à son tour l'état-major du Lyonnais.
Août 1996
Jean Arthuis, ministre de l'Economie, engage des poursuites contre les anciens dirigeants de la banque, dont Jean-Yves Haberer, pour défaut de contrôle des filiales. Septembre 1998
Mise en examen d'Haberer et de François Gille.
Mai 2002
Le parquet requiert un non-lieu en faveur de Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France.
Juillet 2002
Le juge Courroye renvoie Haberer et Gille en correctionnelle. Il fait de même avec Trichet, malgré les réquisitions de non-lieu du parquet.
François Gille lui-même, abasourdi par l'ampleur de la déconfiture de la MGM, téléphonera - de Los Angeles - au directeur général, Bernard Thiolon: «Passez une provision de 100 à 200 millions de dollars sur les engagements MGM.» Un affolement qui se comprend: Gille vient d'apprendre qu'aucune garantie n'a été prise sur les prêts accordés à Parretti par le CLBN et qu'une procédure de faillite involontaire a été ouverte aux Etats-Unis le 29 mars 1991. Malgré cette situation alarmante, déplore Courroye, Jean-Yves Haberer décide, dans son rapport annuel, de ne pas passer de provisions, et de ne pas faire état des difficultés de la MGM. Heureusement pour lui, Haberer n'a rien à craindre pour ces faits, qui remontent à 1990: ils sont prescrits. Tel n'est pas le cas pour ceux de 1991, où les erreurs de l'état-major du Lyonnais perdurent, entraînant une dégradation de la situation de la MGM. Cette année-là, son encours est multiplié par deux, et atteint 550 millions de dollars. Quant aux pertes, elles vont tripler. Résultat: le 9 avril 1992, le cabinet KPMG de Los Angeles ne certifie les comptes qu'avec des réserves.
Pourtant, à Paris, en ce printemps 1992, boulevard des Italiens, on affiche un optimisme de bon aloi: 1. la situation de la MGM, estime- t-on, s'est sensiblement améliorée. 2. La banque a pris en main la gestion de la MGM, évaluée désormais à 900 millions de dollars.
«Une estimation invraisemblable, rétorque Courroye, qui ne repose, courant 1991, sur aucune étude de valorisation ni sur aucun document fiable.» D'autant que, «au cours de cette période, le Crédit lyonnais a supporté seul le financement de la MGM en lui accordant, le 12 avril 1991, un prêt de 145 millions de dollars pour éviter la faillite de la société». Une situation dramatique qu'Haberer ne pouvait ignorer, insiste le magistrat, puisque le gouverneur de la Banque de France, Jacques de Larosière, l'avait mis en garde sur la faiblesse du provisionnement. D'où ce constat - à nouveau critique: «L'absence de provision sur la MGM affecte gravement la sincérité des comptes de l'exercice 1991 du Crédit lyonnais.»
Sasea: l'incroyable soutien à Fiorini
Un autre aventurier s'est également introduit dans le Lyonnais: Florio Fiorini, animateur de la Sasea, un holding suisse, jadis gestionnaire des biens agricoles du Vatican. Comme Parretti, il a, lui aussi, bénéficié d'un soutien inconsidéré de la banque du boulevard des Italiens. C'est au début des années 1980 que ce Toscan, originaire de Sienne, rescapé des scandales du Banco Ambrosiano et de la loge P 2, prend le contrôle de la Sasea. A l'époque, ce holding détient des participations dans quatre secteurs d'activité: l'immobilier, à travers la société espagnole Renta et l'italienne Scotti; l'assurance, avec Chamotte unie; le commerce international - principalement le Yémen - à travers Sasea Trading, et la communication, où elle est associée à Giancarlo Parretti.
La défense d'Haberer
Dans une note argumentée, aux fins de non-lieu, remise au juge Courroye, l'avocat d'Haberer, Me Pierre Cornut-Gentille, répond aux accusations lancées contre son client. Le risque Sasea. Comme François Gille, Haberer n'estimait pas nécessaire, au 30 juin 1992, de provisionner Sasea, à hauteur de 100%, compte tenu de l'existence de garanties. De plus, toujours au 30 juin 1992, Haberer n'a jamais eu conscience d'un sous-provisionnement du risque Sasea. Les pertes sur MGM-Sasea. Elles sont la conséquence des certifications mensongères du cabinet KPMG et de «la transgression délibérée et clandestine par M. Georges Vigon [patron du Lyonnais-Hollande] des instructions très claires de M. Haberer». Le dossier Pelège. Dès la fin de 1991, Haberer demande à un de ses collaborateurs de suivre ce dossier. Cela n'implique pas qu'en septembre 1992 Haberer ait eu connaissance d'une insuffisance de provisionnement sur les encours du groupe. Elément capital, enfin: à plusieurs reprises, sous la foi du serment, le secrétaire général de la Commission bancaire Jean-Louis Butsch, aujourd'hui décédé, a certifié que les comptes de la banque étaient sincères.
Dès la fin des années 1980, le CLBN avance plusieurs millions de dollars à la Sasea, en butte à des difficultés croissantes. Au début de 1991, la cote d'alerte est atteinte, contraignant la banque à mettre sur pied un plan de restructuration qui se traduit par la vente de Scotti au groupe immobilier Pierre Ier et par un rééchelonnement des encours de la Sasea jusqu'au 31 décembre 1993. Hélas, ce plan capote. Tant et si bien que les encours de la Sasea atteignent, fin 1991, 3,5 milliards de francs, alors que le stock de provisions ne s'élève qu'à 1 milliard.
Aussi n'est-il pas étonnant que, le 23 mars 1992, François Gille lance un véritable SOS à Haberer et à Thiolon, en évoquant le spectre d'un dépôt de bilan de la Sasea. Le 30 juin 1992, l'encours de la Sasea dépasse les 4 milliards de francs.
Le 1er juillet, nouvel appel au secours - sous forme de note - de Gille à Haberer et à Thiolon: «Passez un provisionnement plus important de Sasea dans les comptes de la banque.» Lorsqu'il reçoit cette missive, le président du Lyonnais est effondré. Aussitôt, il y répond: «Par une note de François Gille, je reçois une blessure probablement mortelle. Il s'agit toujours des conséquences désastreuses de la manière dont notre filiale néerlandaise (...) a engagé des financements internationaux inconsidérés. Lorsqu'à la fin d'avril 1991 on m'a révélé cela, j'ai compris l'arrêt de mort. Aujourd'hui, on m'informe, à nouveau, avec un incompréhensible retard, que c'est encore plus grave que je ne le savais.»
Philippe Courroye charge alors un peu plus Haberer: «Cet aveu écrit du président du Lyonnais révèle sa parfaite connaissance du risque important et avéré résultant du dossier Sasea et de ses satellites.»
Quand le Lyonnais chouchoute Michel Pelège
Manque de vigilance et imprudence: voilà bien les causes principales de la déconfiture du Lyonnais dans l'immobilier. Un chiffre est, à cet égard, révélateur: 41,3 milliards de francs. Il représente le montant total des encours de la banque, dans ce secteur, au 30 juin 1992. Alors qu'il n'atteint que 26 milliards pour la BNP, et 17 pour la Société générale. La raison? Le Lyonnais n'a que tardivement provisionné les risques immobiliers. Mais, surtout, la banque a chouchouté, au-delà du raisonnable, le groupe de promotion immobilière dirigé par Michel Pelège. L'homme, plein d'entregent, avait de quoi séduire. Et cela a marché auprès d'Haberer, qui l'aidera à lancer son raid sur la Société auxiliaire d'entreprises (SAE). Ce sera, hélas! le fiasco, l'entreprise Fougerolle emportant in fine le morceau.
Cet échec entraîne d'énormes difficultés financières pour Pelège, qui conduit le Lyonnais à lui accorder des encours considérables: 1,4 milliard au 31 décembre 1991. Abasourdi par un tel montant, Jean-Yves Haberer charge l'un de ses directeurs, Michel Gallot, de suivre le dossier. Le 9 janvier 1992, Jacques de Larosière presse Haberer de passer des provisions, dans les comptes de 1991, sur l'ensemble des dossiers immobiliers. Trois mois plus tard, nouvelle mise en garde du gouverneur. En substance: «Attention! le taux de couverture des risques sur Pelège est beaucoup trop faible.» Il est vrai que le Lyonnais n'a provisionné, sur le groupe Pelège, que 50 millions de francs. Encore que cette insuffisance de provisions sur Pelège, ainsi que sur Sasea et la MGM, permette à Jean-Yves Haberer d'afficher, pour 1991, des résultats plus qu'honorables: 750 millions de francs de bénéfices en social et 4 milliards en consolidé. Seulement, voilà: ce joli score ne reflète pas la réalité comptable de la banque. Le magistrat constate: «L'insuffisance des provisions a eu un très fort impact sur les comptes sociaux et consolidés du Crédit lyonnais. Ces faits sont susceptibles de constituer les délits de présentation de comptes inexacts (comptes sociaux), de diffusion d'informations fausses ou trompeuses (comptes consolidés).»
1992. La crise immobilière sévit toujours. Et, avec elle, les encours sur le groupe Pelège, qui grimpent, au 30 juin, à 3,4 milliards, tandis que les provisions ne représentent que 250 millions.
Une fois encore, comme en 1991, le Crédit lyonnais présente des comptes ne reflétant pas la réalité. Et Courroye de pointer les responsables: «Jean-Yves Haberer, Bernard Thiolon et François Gille. Tous trois sont susceptibles d'avoir commis le délit d'informations fausses et trompeuses.»
Des dépenses somptuaires
22,9 millions de francs. Plus de 2 milliards de centimes! Tel est le montant, fort coquet, des honoraires versés, entre 1989 et 1993, à l'architecte Michel Boyer, chargé de l'aménagement des locaux de la direction générale de la banque à Paris, ainsi que de ceux des sièges des filiales françaises et étrangères.
Le cas Trichet
Directeur du Trésor (août 1987-septembre 1993) et gouverneur de la Banque de France depuis, Jean-Claude Trichet va comparaître pour complicité de «diffusion d'informations fausses et trompeuses» (année 1992 et premier semestre 1993) et de «présentation de comptes infidèles» (année 1992). La mise en examen de l'ancien directeur du Trésor résulte d'une plainte de Jean Arthuis, ministre de l'Economie, qui, en août 1996, trouvant les comptes du Crédit lyonnais peu sincères, avait demandé l'ouverture de poursuites pénales. Elles visent notamment le directeur du Trésor: a-t-il délibérément sous-estimé l'importance des provisions à passer par la banque pour qu'elle présente des résultats conformes aux règles de solvabilité de la profession? Le parquet avait demandé un non-lieu pour Jean-Claude Trichet, estimant que, si le directeur était informé des doutes sur le montant des provisions, il n'avait pas pris de part active à l'arrêté des comptes du Lyonnais ni donné d'instructions. Le juge Courroye n'a pas suivi le parquet. Les dates du procès permettront toutefois à Trichet de voir clarifier à temps sa situation judiciaire: s'il obtient une relaxe, il pourra succéder à Wim Duisenberg, qui quittera la Banque centrale européenne en juillet 2003.
Le juge Courroye a cherché à savoir si Michel Boyer, déjà sollicité par Haberer lorsqu'il présidait Paribas, entretenait des liens d'amitié avec ce dernier ou s'il avait travaillé, à titre personnel, pour le compte de l'ancien président du Crédit lyonnais. La réponse a été claire et nette: c'est non. Aucun soupçon ne pèse donc sur Haberer. Il n'empêche. S'intéressant aux travaux d'aménagement entrepris tant au siège de Madrid du Lyonnais qu'à ceux de Saint-Pétersbourg ou de Budapest, le magistrat déplore: «Ces dépenses somptuaires apparaissent totalement inopportunes au regard des difficultés rencontrées par la banque, entre 1991 et 1993.» Il est vrai que le seul agencement des locaux du Lyonnais à Saint-Pétersbourg aura coûté 3,8 millions de francs...
L'énigmatique Panindustria
Qui l'eût cru? Le Crédit lyonnais a créé, au milieu des années 1980, une structure occulte, Panindustria. Objectif: rémunérer en toute discrétion certains intermédiaires en matière de ventes d'armes et verser quelques compléments de salaire à des cadres. C'est en perquisitionnant, le 2 décembre 1998, au domicile de l'ex-directeur général du Lyonnais, Michel Renault, que la PJ découvre un rapport de l'Inspection générale de la banque sur l'activité de Panindustria...
Selon ce document, Panindustria, structure de droit péruvien, contrôlée à 94,5% par le Lyonnais, elle-même filiale à 100% d'une société dénommée Interetud, assurait, au Pérou, la représentation commerciale de l'Office général de l'air et de diverses firmes d'armement. Panindustria était rémunérée sur la base de commissions, de l'ordre de 3 à 5% du montant total des contrats passés. Les commissions versées à Panindustria étaient encaissées sur un compte ouvert au Crédit lyonnais Luxembourg, sans jamais apparaître dans la comptabilité de la banque.
Intrigué par cette découverte, Philippe Courroye perquisitionne, le 26 janvier 1999, dans les locaux d'Interetud. Bien lui en prend: il met la main sur un brouillon dans lequel sont recensées, au crayon, les opérations enregistrées sur le compte de Panindustria, ouvert donc au Crédit lyonnais Luxembourg, de 1985 à 1994. L'examen dudit compte, crédité de 21 millions de francs seulement, permet de repérer les commissions versées à l'occasion de ventes d'armes et de connaître les bénéficiaires des largesses de Panindustria. Ainsi ce cadre du Lyonnais qui, une fois retraité, a poursuivi la prospection de marchés dans les pays de l'Est: il recevra 1 850 000 francs. Ainsi ce directeur général de la banque Trad, filiale à 98% du Lyonnais, qui, en guise de complément de salaire, percevra 350 000 francs. Une façon commode d'échapper au fisc... Le successeur de Haberer, Jean Peyrelevade, mettra lui-même fin aux activités de Panindustria.
Extraordinaire histoire, en vérité. Qui montre comment une banque, nationalisée à l'époque, a manqué de prudence et de flair, engloutissant en pure perte des milliards de francs. Comment cela a-t-il été possible? Le 10 mai 1994, devant la commission d'enquête parlementaire sur le Lyonnais, Peyrelevade fournissait un début d'explication: «Jean-Yves Haberer a conduit cette maison suivant une ligne que je continue de ne pas comprendre. Nous sommes au-delà de ce que j'appelais un mauvais jugement sur certains risques; nous sommes dans un système de développement dans lequel je considère que certaines des disciplines élémentaires de notre métier ont été complètement oubliées.»
par ericjeanloicbreton le 2002-11-14 12:28:53
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Jeudi 14 novembre 2002
Paris : 40 000 apparts pour initiésÇa s’appelle le «locatif intermédiaire». Ça représente un parc de 40000appartements à loyers abordables auxquels vous pouvez tous, ou presque, postuler… Si vous êtes initiés.
Des logements sympas à prix écrasés Vous êtes jeune cadre, instit, designer, artisan, médecin, et votre petite famille parisienne s’élargit. Et vous cauchemardez devant les annonces des agences immobilières hors de portée de votre compte courant. Saviez-vous, lecteurs du «Nouvel Obs Paris-Ile-de-France», que la plupart d’entre vous peuvent pourtant accéder dans la capitale à un logement locatif de fort bonne tenue et classifié social? A prix aidé, c’est-à-dire écrasé. Un appartement dont le mètre carré oscille entre 45% et 60% des tarifs en vigueur aujourd’hui sur le marché libre…
Bon d’accord, il faut tout de même être capable de décrypter les abréviations «technocratico-sociales» (PLI, PLS, ILN, «intermédiaire»,«horsSRU»…) de ces 40000 apparts gérés pour le compte de l’Hôtel de Ville par une dizaine de sociétés d’économie mixte (SEM) inconnues du grand public. A raison de près de trois personnes par logement intermédiaire, ce sont 120000 personnes hébergées. L’équivalent de la ville de Rouen! Phénomène en expansion: 2000 nouveaux appartements de 2 à 5 pièces vont être mis en circulation en 2003. Vous ne le saviez pas? Nous non plus. Vous n’avez pas la moindre petite idée des procédures qui vous permettraient de faire valoir vos droits ? Nous non plus. Alors, comme ça nous exaspérait, on vous raconte notre fabuleux voyage au centre du parc immobilier intermédiaire. Un univers silencieux. Confiné. Et très efficace à force d’anesthésier la demande: la compétition ne se joue, le plus souvent, qu’entre les possesseurs d’informations réservées et chuchotées. Qui sait que l’on doit s’inscrire au bureau du logement de sa mairie d’arrondissement pour obtenir un 90 mètres carrés de type résidentiel quai de Bercy ? Ou situé devant la Maison de la Radio? A moins de 1000 euros par mois…
Qui connaît l’itinéraire «bison futé» du second dépôt de dossier à… l’OPAC (Office public d’aménagement et de construction) pour avoir plus de chances? Qui a eu vent de l’existence et du téléphone de la cellule commerciale (sic) de l’OPAC? Qui a pu repérer celui, celle ou ceux qui, dans sa mairie, peuvent appuyer votre traque du home sweet home? Personne ou presque. Presque, ce sont souvent des initiés, locataires déjà en place, malins, proches de la petite élite parisienne ou forcenés de la procédure. Sommes-nous encore un peu dans les brumes immobilières de la Chiraquie? En tout cas, Bertrand Delanoë n’est pas le dernier à s’inquiéter en privé de la persistance de ces zones d’ombre. Son adjoint Vert, Yves Contassot, exprime, lui, à haute voix, dans nos colonnes (lire l’entretien page 14), son ras-le-bol.
Pour distinguer un peu mieux les contours de ces trajets labyrinthiques, «l’Obs Paris-Ile-de-France» a essayé de flécher les parcours. Pas facile. Un exemple suffit à dire le désordre: personne n’a aujourd’hui la moindre idée de la sociologie des heureux attributaires des 40000 logements intermédiaires occupés! Et aucun des bailleurs sociaux ne peut donc savoir si les bénéficiaires remplissent encore les conditions d’attribution requises (enfants à charge, niveau de revenus, etc.). Dans ces conditions brumeuses, est-ce faire preuve de mauvais esprit que d’imaginer qu’un certain nombre d’initiés puissent profiter, au-delà du raisonnable, du système? Ou que des margoulins en profitent encore pour jouer les intermédiaires occultes à 4500euros (30000francs) le coup de pouce? Une machinerie protégée par un brouillard épais en amont et qui en aval garantit à la fois une domiciliation et un loyer subventionné!
La nouvelle équipe de la Mairie de Paris est consciente du malaise. C’est grâce aux efforts de Jean-Yves Mano, l’adjoint au Logement, que nous connaissons pour la première fois avec exactitude le profil des demandeurs 2002 de logements intermédiaires. Bravo! Sauf que le résultat révèle l’inanité du système: alors que les besoins en logements explosent ces dernières années à Paris, le nombre de demandeurs de «PLI et assimilés» diminue! D’autre part, à l’Hôtel de Ville, une commission d’attribution – ouverte aux associations et à l’opposition, qui n’y met plus les pieds –, examine dorénavant au grand jour un certain nombre de candidatures. Bravo! Mais côté mairies d’arrondissement, où se distribue l’autre moitié des appartements, il est bien difficile de s’y retrouver. Parfois, c’est le maire tout seul, ou son adjoint, ou une commission –mais laquelle?– qui s’en occupe… Enfin, on constate que les sociétés d’économie mixte distribuent un peu comme elles l’entendent un certain nombre de ces PLI qui leur appartiennent en propre… En toute légalité, puisque la loi ne les astreint pas, sur ce stock, à mettre en place une commission.
L’affaire est d’importance. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les milieux populaires et les petites classes moyennes (des assistantes maternelles aux infirmières en passant par les instituteurs, employés ou postiers) qui sont bannies de la capitale. Mais aussi les familles de cols blancs, à leur tour bousculées par la nouvelle flambée des loyers et de l’immobilier. Au-delà de l’aspect moral de la transparence, il y a donc bien un enjeu politique. Urbain. Oui ou non, le pouvoir municipal doit-il assumer cet outil de discrimination positive en faveur de la France du milieu? Ou l’abandonner parce que obscène au regard des situations d’urgence des plus démunis… En un mot, Paris doit-il devenir une caricature de mixité sociale: les résidentiels côté jardin, les démunis de l’autre?
Guillaume Malaurie |
Logement intermédiaire, kesako?
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En un mot, c’est mieux que les HLM et bien moins cher que le marché libre. La Mairie de Paris regroupe sous ce vocable tout ce qui n’est pas du logement social au sens de la loi SRU (Solidarité renouvellement urbain), qui impose un quota de 20% de logements sociaux par commune. On y trouve de l’habitat ancien et des immeubles neufs.
Parmi les immeubles anciens :
-. les ILM, immeubles à loyer modéré, datant des années 30; -. les LLI, logements à loyer libre, qui, contrairement à leur sigle, sont loués à des conditions très avantageuses; -. les ILN, immeubles à loyers normaux, datant des années60 et 70.
Parmi les immeubles neufs:
-. les PLI, prêts locatifs intermédiaires, datant des années80 et 90; -. les PLS, prêts locatifs sociaux, qui remplacent peu à peu les PLI ; -. et même quelques «Besson», du nom de la loi qui réglemente leur financement.
Ces dernières années, les appellations sont devenues abstraites. Pour enfumer les candidats, c’est-à-dire nous tous ou presque, c’est ultraperformant.CRL |
Quatre étapes pour un bail
Plusieurs organismes gèrent les logements Ville de Paris : l’OPAC, la RIVP, la SAGI et six SEM.
1re étape Lorsqu’un logement se libère, l’organisme concerné en informe la Mairie de Paris. Parfois, il oublie cette formalité et reloue directement. Une inspection est en cours dans diverses sociétés dont le taux de retour de logements est anormalement bas. Premier nuage. L’Hôtel de Ville dispose alors de trois mois (parfois moins) pour désigner un candidat au logement vacant. Faute de quoi, le bailleur le «reprend» et l’attribue lui-même à un locataire de son choix. En 2001, au moins 250 logements du patrimoine parisien auraient été ainsi «perdus pour un tour». Lorsqu’on sait qu’un tour dure en moyenne huit à neuf ans, on réalise la perte sèche pour la Ville. Deuxième nuage.
2e étape Les logement libres (ou neufs) entrent dans la machinerie Ville de Paris. Un service administratif, la DLH (direction du logement et de l’habitat), sélectionne cinqcandidats par logement et une commission d’attribution choisit l’heureux locataire.
3e étape L’autre moitié des appartements passe par le circuit plus flou des mairies d’arrondissement. Là, ce n’est plus un nuage, mais une nébuleuse… (Lire notre Mode d’emploi, pages 16 à 18.)
4e étape Les organismes bailleurs de la Ville (l’OPAC et les SEM) attribuent en direct des logements qui leur appartiennent en propre ou qui font partie du contingent de la Ville mais qui ont été refusés ou «repris». Un raccourci très brumeux. | Qui attribue les logements ?
Les guichets officiels, officieux et parallèles
Certes, nous n’en sommes plus au temps où il suffisait d’apposer le sceau de Claude Chirac ou celui de Xavière Tiberi pour se voir attribuer un logement. En toute transparence, d’ailleurs, puisque les dossiers étaient étiquetés du nom de leur bienfaiteur et gérés exclusivement par le cabinet du maire. Des temps révolus, au moins au niveau central. Aujourd’hui, chaque semaine, une commission d’attribution se réunit et arbitre. Certes, les élus d’opposition en ont démissionné en janvier 2002, considérant qu’ils ne disposaient pas de toutes les informations leur permettant réellement de choisir. Le dispositif est cependant moins opaque que le cabinet noir de Jean Tiberi, d’autant que des représentants associatifs comme Emmaüs ou la Confédération générale du logement (CGL), par exemple, y ont leur mot à dire. Et là, pas de favoritisme : la Mairie de Paris en devient paranoïaque. Un hic, toutefois : ce circuit qui se veut plus propre que propre ne gère que la moitié des attributions municipales. Et, au total, moins encore : le statut spécial de Paris, régi par la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille), répartit les pouvoirs entre la mairie centrale et les mairies d’arrondissement. Pour ce qui est du logement, moitié chacun. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2002, 670 logements ont été attribués par l’Hôtel de Ville et 678 par les vingt mairies. Le mode d’attribution des mairies d’arrondissement est nettement plus flou. Le clientélisme n’est jamais loin quand on est près des électeurs (lire notre Mode d’emploi, pages 16 à 18). Enfin, les organismes chargés de gérer le parc de logements de la Ville, l’OPAC et les diverses SEM (sociétés d’économie mixte) valident les candidatures désignées par l’Hôtel de Ville ou la mairie d’arrondissement. Il leur arrive de refuser un candidat. Soit qu’il ait à leurs yeux des ressources insuffisantes. Ou pour toute autre raison moins nette. Dans ce cas, le bailleur désigne directement son locataire sans repasser par les circuits de la Ville. Même chose lorsque la Ville n’a pas trouvé de candidats dans les délais. Lesquels peuvent s’avérer fort courts (lire l’entretien avec Yves Contassot, page 14). Par ailleurs, certains de ces organismes possèdent un patrimoine propre qu’ils attribuent comme bon leur semble (lire ci-contre et pages 12-13). Certains, comme l’OPAC, passablement secoué par les affaires tibériennes, ont adopté les critères et procédures d’attribution de la Ville. Ce n’en est pas moins un circuit parallèle. D’autres confient la sélection des candidats à des salariés en interne et valident le tout dans de pseudo-commissions dont le préfet et un élu parisien sont membres de droit. Autant de petits ruisseaux autonomes par lesquels se distribuent un millier de logements par an, surtout des habitations dites « intermédiaires ». Catherine Erhel |
Comment j’ai trouvé un F3 en 24 heures!Avec un numéro d’inscription, une bonne fiche de paie, et un élu en sautoir. La preuve par notre journaliste Isabelle Curtet-Poulner.
Bingo à la SAGI. Pourtant, le premier contact est dissuasif: «C’est exclusivement la Ville qui désigne les candidats. Avant, nous avions une plus grande marge de manœuvre. Depuis un an et demi [arrivée de Delanoë], c’est fini.» Mais, subitement, aux seuls mots de «1% patronal», le dialogue se noue. Fluide. «Dans ce cas, c’est différent, assure-t-on. Si votre société est d’accord, invitez-la à joindre Melle Maigre » (01-40-75-32-04).
Contactée, celle-ci se lance dans une première recherche. Spontanément. Et sans un mot sur le 1% patronal, du moins pour le moment. Elle fait défiler son stock de PLI en souffrance, en tapotant sur son clavier. Cette fois, c’est trouvé: «J’ai peu de choix, soutient-elle. Je vous propose un F3 de 74 mètres carrés, dans le 20e en rez-de-chaussée, pour 771euros [5057francs]. Ou un 64mètres carrés, rue de la Durance (12e), quasi au prix du marché: 997euros [6540 francs].» A saisir par simple échange de fax. Mais il y a mieux: la perspective, alléchante, d’une seconde recherche. «Par le 1% patronal, vous auriez plus de choix, glisse-t-elle. Et cette fois, dans tous les arrondissements…» Tant de bonne volonté s’explique. Pour la SAGI (et ses consœurs): le 1% patronal est un filon juteux. Une manne d’environ 150000 francs par affaire. C’est en effet le prix à payer par les entreprises pour réserver un logement. Confirmation immédiate: «Il faut que votre société[en réalité l’organisme collecteur du 1%: NDLR] soit prête à payer 23 000 euros [150870 francs] pour un F3. Et 21 500 euros [141 031francs] pour un F2.» CQFD. I. C.-P. |
Découvrez la filière SEM !
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Ala tête d’un patrimoine de 78000 logements, dont 39000 HLM, la Ville de Paris n’a pas vocation à se transformer en agence immobilière. Comme la plupart des communes, elle en confie la gestion à un office public, l’OPAC, et à des sociétés d’économie mixte (SEM) en association avec des partenaires privés. La municipalité passe avec ces SEM des conventions pour la gestion de son patrimoine. Elle désigne des élus pour siéger au conseil d’administration mais exerce un contrôle de pure forme. Petit à petit, les SEM se sont taillé une autonomie. Ce sont elles qui signent le contrat de location, encaissent les loyers, effectuent les travaux d’entretien et signalent (ou pas) les logements vacants. Certaines s’autorisent même à refuser des locataires présentés par la mairie. Ou à attribuer elles-mêmes des appartements si la Ville tarde. Ces logements reviennent-ils ensuite à la mairie? La confusion est d’autant plus facile que l’OPAC et les SEM se sont constitué leur propre parc: 4000 logements pour l’OPAC, plus de 5000 pour la SAGI, une centaine d’immeubles pour la RIVP. Ceux-là sont loués et exploités en direct par la SEM concernée. Sans passer par la case mairie. CRL et M. T. |
Demandez la "cellule commerciale":01 44 41 79 47
Ce jour-là, miracle, Thierry Gaudy décroche. Un homme précieux ce Monsieur Logement intermédiaire de l’OPAC. Chargé de placer les ILN et autres PLI, tombés dans l’escarcelle du patrimoine propre de l’Office. Précieux mais discret. Dénicher les coordonnées de sa «cellule commerciale» relève du jeu de piste… ou du piston. Ensuite, il faut faire preuve de ténacité pour l’obtenir au bout du fil. Mais alors il ouvre complaisamment son ordinateur.
Aujourd’hui, il a 19 appartements en stock, place Pinel (13e), rue d’Aubervilliers (19e), rue Saint-Blaise (20e)… Des adresses difficiles. Pour celles-là, il accepte trois étudiants en colocation ou des intermittents du spectacle aux revenus en accordéon. Il a aussi un F2 boulevard Vincent-Auriol (13e), un F4 boulevard des Frères-Voisin (15e). «Ceux-là, je ne vais pas les garder longtemps», dit-il. Nouveau coup de téléphone. «Journaliste? Salarié? Et elle? Intermittente. Bon. Quatre personnes. D’accord. Qu’ils me passent un fax.» Une assistante sociale du 18e a trouvé son chemin jusqu’à lui. «Non, Madame, les programmes neufs, ce n’est pas nous qui les attribuons. Je dois avoir des choses dans le 18e… Ah, vous avez déjà refusé le 11 rue Max-Dormoy? Vous y travaillez… Vous ne voulez pas ces coins-là pour vos enfants?» Son champ d’action à lui, c’est plutôt les quartiers nord de Paris. «Je place 40 appartements par mois en moyenne, 400 depuis le début de l’année», dit-il, fièrement.
Moussa est l’un de ces bénéficiaires. Touareg, musicien à ses heures et flasheur dans une imprimerie, il a beau se revendiquer nomade, il a dépensé beaucoup d’énergie pour se sédentariser à la naissance de son deuxième bébé. Tuyauté par des copains intermittents, il a débarqué dans le bureau de Thierry Gaudy. Bon de visite immédiat, le rêve, et puis patatras, la commission attribue le logement convoité à quelqu’un d’autre. Quatre mois plus tard, il emménage quand même dans un «faux 3-pièces», 60m2, 3300F. Même parcours pour Gérald, étudiant, un bébé, l’urgence de trouver un toit. La commission d’attribution lui a refusé un premier logement. Il attend avec impatience une prochaine commission. CRL
OPAC, 51, rue du Cardinal-Lemoine, Paris-5e. Pour contacter Thierry Gaudy: 01-44-41-79-47; fax : 01-44-41-76-00 ; e-mail : t.gaudy@opacparis.fr |
"Et n'oubliez pas le nom de l'élu..."
Officiellement, c’est non: les bailleurs sociaux n’attribuent pas de logements en direct. Mais, officieusement, un particulier peut s’inscrire et court-circuiter le système d’attribution établi. Nous l’avons testé pour vous.
A la RIVP, on joue franc jeu: «Faites le 01-53-82-81-30 et demandez le bureau des attributions, ça vaut la peine de s’inscrire», glisse-t-on. Réponse plus feutrée à la SEMIDEP (01-53-36-34-34): «Nous n’attribuons pas de logements, nous les gérons.» La nuance, c’est pour la forme. Dans les faits, il y a moyen de s’entendre. La clé? Appeler sur les conseils d’un élu ou se référer au site internet maison. L’allusion fait mouche. «Oui, des PLI, on en a, admet-on alors. Mais à Paris, nous comptons surtout des petits programmes, pas de grands complexes. Sauf dans le 13e et le 20e.» Suit le joker d’usage: «Vous avez un numéro d’inscription?» Oui. «Alors, faites une lettre, expliquez votre situation, le type de logement souhaité. Joignez vos fiches de paie, votre numéro d’inscription. Mettez le plus d’informations possible. Et le nom de l’élu qui vous envoie. Adressez le tout au chef d’agence, Monsieur Cayel, 7, avenue de la République.» La porte d’entrée.
Bonne pioche aussi à la SGIM. La standardiste a l’habitude: «C’est pour quoi? Un logement? Je vous passe la personne. » La personne, c’est Mme Crespel. Là, même topo et même réaction: «Vous avez un numéro d’inscription?» Oui. «Vos revenus?» Environ 4500euros pour un couple et un enfant. «Dans ce cas, consent-elle, je vous envoie un imprimé.» Un imprimé? «Une fiche de renseignements pour vous inscrire chez nous.» A l’accueil, la réceptionniste est d’ailleurs très avertie: «Inutile de passer par Mme Crespel, dit-elle, des imprimés j’en ai un tiroir plein.» On y lit en toutes lettres: «Fiche à retourner remplie à la SGIM. » Pour son très personnel listing.
Ce mode de gestion parallèle vaut aussi pour la SEMEA 15: «Quelle mairie vous envoie? Le 12e? Il faudra attendre que quelqu’un libère un logement ou meure, lâche la standardiste. Je vous mets en relation avec la personne qui donne les directives.» Christiane Roussel (01-53-95-16-03) s’en occupe: «Ecrivez à Sabine Baietto-Beysson, directrice générale. Mais j’ai très peu de logements dans le 12e.» Et ailleurs? «C’est possible. Juste un détail: quels sont vos revenus? 4 000 euros? Alors je vous passe Mme Barrau, chargée du 20e: des PLI, elle en a plein. Envoyez-lui fiches de paie, relevé d’imposition 2000 et indiquez ce que vous souhaitez.» Son assistante est plus rétive: «Ça peut prendre du temps. Mais faites tout de même votre demande.» A tout hasard. Evidemment.Isabelle Curtet-Poulner | Entretien avec Yves Contassot
Non au copinage !
L’adjoint au logement de la mairie du 3e arrondissement, depuis 1995, aimerait que ça change.
Le Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France. La Mairie de Paris se veut transparente dans l’attribution de logements sociaux. Qu’en est-il dans les mairies d’arrondissement ? Yves Contassot. Au cours du mandat précédent, le 3e était la seule mairie à s’être dotée d’une commission d’attribution. Je l’ai assez dénoncé. Aujourd’hui, c’est une mosaïque. Dans certaines mairies, de réelles commissions sont en place. Dans d’autres, de droite comme de gauche, les attributions restent la prérogative du maire, avec parfois une pseudo-commission. Le problème, c’est que les maires ont tendance à considérer qu’ils sont maîtres chez eux. Et à faire du clientélisme.
Dire aux gens qu’il suffit de s’inscrire en mairie d’arrondissement, n’est-ce pas leur mentir ? Si. Exemple : lorsque vous vous inscrivez en mairie, on vous dit que votre demande sera transmise à l’OPAC. C’est faux : il y a 100 000 demandeurs à la Ville de Paris, seulement 30 000 dans le fichier OPAC. Je me souviens avoir entendu des élus siégeant à l’OPAC expliquer que cela permettait un premier filtre, afin de ne pas être débordé par les dossiers… Comme si l’objectif était de diminuer le nombre de demandeurs. Moi, dorénavant, je transmets les fiches de tous les demandeurs de mon arrondissement à l’OPAC, afin qu’ils soient enregistrés.
Que savez-vous de l’attribution des logements intermédiaires par les sociétés d’économie mixte, les SEM ? Sur leur patrimoine propre, elles attribuent souverainement à qui elles veulent. Elles ne sont pas tenues d’avoir une commission. C’est du copinage à l’état pur.
La Mairie peut-elle exercer un contrôle ? Les SEM se comportent comme des promoteurs immobiliers, pas comme des bailleurs sociaux. Or, elles dépendent de la Ville de Paris. Mais Chirac et Tiberi ont accepté de les laisser maîtres du jeu. Je souhaite que la nouvelle équipe revoie toutes les conventions signées avec ces SEM. Pour l’instant, ça n’a pas beaucoup bougé.
En Conseil de Paris, vous avez dénoncé le phénomène des logements perdus par la Ville et repris par les bailleurs. De quoi s’agit-il ? Par convention, la Ville ou les mairies disposent de deux à trois mois pour trouver un candidat à un logement vacant. Si les bailleurs sociaux tardent à nous informer du départ d’un locataire, nous n’avons pas toujours le temps de trouver un remplaçant dans les délais. Et le bailleur « reprend » le logement pour l’attribuer à qui lui semble bon.
Comment se fait-il que vous ne trouviez pas de candidat en deux ou trois mois ? Un exemple : un appartement, géré par la RIVP, s’est libéré le 24 septembre. Je reçois seulement le 24 octobre l’avis de vacance. (Il montre le fax.) Du coup, je n’ai qu’un mois pour trouver un locataire. J’ai immédiatement convoqué une commission d’attribution : elle ne peut se réunir que le 4 novembre. Le 5, j’envoie le dossier du candidat retenu à la RIVP qui va le contacter vers le 10. Le 11 est férié. Le candidat visite l’appartement le 12. Il a douze jours pour donner sa réponse. S’il le refuse, le 25 novembre, le logement sera perdu. C’est scandaleux. Je ne parviens pas à obtenir le nombre de ces logements perdus par la Ville chaque année. Mais il doit être conséquent. Propos recueillis par Catherine Erhel et Maël Thierry |
Etage par étage, l’immeuble social chic du Marais
Située dans le 4e arrondissement de la capitale et gérée par une SEM, l’adresse appartient à la Ville. Les loyers s’élèvent à 9 euros le mètre carré, contre une moyenne de 15 euros sur le marché libre. Revue de détail des locataires bien installés.
Le nouveau venu . 3 p. 75 m2 Son bail date de septembre 2000. Il paye un loyer de 672 € (4 408F).
La journaliste . 3 p. 75 m2 Elle paie 570 € (3 740F) depuis 1989, soit 50F le m2. Elle a échappé à une augmentation en 1995, puis en 1998. En 2004, lors du renouvellement du bail, son loyer sera réévalué, jusqu’à atteindre en 2010 celui de son voisin du dessus.
La vieille dame . 3 p. 75 m2 Elle a 70 ans et habite là depuis toujours. Son «loyer 1948» est passé de 1 000 F par mois en 1977 à 2020F en 2001. Le bailleur a alors demandé une augmentation de 400 F chaque année, pour arriver à 776 € (5 090F) en 2007. Affolée, elle a saisi la commission de conciliation des loyers.
Le comédien . 2 p. 72 m2 Il est arrivé en 1999 et paie 625 € (4 100 F) par mois. La prochaine augmentation est prévue en 2005.
L’infirmière. 3 p. 72 m2 Elle habite là depuis 1976. Elle payait à l’époque 950 F par mois. Depuis, elle accepte les augmentations sans discuter et devrait arriver à un loyer de 650 € (4 265 F) en 2006. Elle trouve que cela devient cher et envisage de partir en Bretagne.
La doctoresse. 2 p. 70 m2 Elle a 38 ans et est arrivée en 1998. Elle paie 625 € (4 100F).
Le chef de cabinet. 2 p. 69 m2 Il travaille à la direction administrative d’un hôpital parisien et a été chef de cabinet d’un élu. Son logement est considéré comme «très beau» sur la fiche technique. Il a toujours contesté les augmentations demandées et, jusqu’à présent, a réussi à y échapper. En 2002, il paie 260 € (1 700 F!) de loyer, soit 3,5 € le m2. A titre de référence, le mètre carré de HLM est à 5,5 €. Nouveau contentieux avec le bailleur, qui souhaite obtenir une augmentation qui porterait le loyer à 620 € (4070F) en 2007. CRL |
Vingt mairies: 20 modes d'emploi
chaque année, 1500 logements sont distribués dans les vingt arrondissements. Selon des us et coutumes presque toujours différents. Souvent discrétionnaires. Surréaliste!
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Règle n°1 S’inscrire à l’antenne ou au bureau logement de sa mairie. C’est une émanation de la Direction du Logement et de l’Habitat (DLH) qui dépend de la Mairie de Paris, et se charge d’enregistrer les demandes de logements sociaux de chaque mairie. Pièces nécessaires: carte d’identité, carte vitale, livret de famille, originaux des fiches de paie, des quittances de loyers des trois derniers mois et du dernier avis d’imposition. Impératif: se faire remettre un numéro d’inscription, même provisoire. C’est la preuve que vous avez intégré le fichier central de la Ville de Paris. Et un sésame pour la suite des opérations.
Règle n° 2 Prendre maintenant la direction de l’OPAC pour y déposer un dossier et figurer dans son fichier perso (51, rue du Cardinal-Lemoine, Paris-5e; 01-44-41-75-00). Idem auprès des sociétés d’économie mixte (SEM) qui ont leur propre listing (lire pages 10-11).
Règle n°3 Faire du lobbying auprès des élus de votre arrondissement: ils privilégient les cas «signalés». C’est le fichier «cabinet». Pour les détails, suivez notre guide. Et pour les généralités très générales et très incomplètes, le site de la Mairie de Paris: www.mairie-paris.fr Un tuyau: l’onglet SEM, pour trouver tous les téléphones.
1er (UMP) Tous à la permanence Exit le fichier central : les demandes étudiées sont celles des habitants «venus voir le maire», Jean-François Legaret, à sa permanence du jeudi. Une première sélection est faite par son cabinet (01-44-50-75-12). Les candidatures retenues sont ensuite examinées en commission d’attribution. Ses membres? Le maire, des élus (dont l’opposition), la directrice du Centre d’action sociale et la coordinatrice des services sociaux. Une dizaine de logements attribués par an, surtout des PLI.
2e (Verts) Réglo A la demande de la mairie du 2e, la DLH (Direction du Logement et de l’Habitat) sélectionne une quinzaine de dossiers par logement dans le fichier de la Ville de Paris. Une commission désigne l’heureux élu. Elle comprend le maire Jacques Boutault, son adjointe au logement Dominique Dussart, l’opposition, les services sociaux et deux associations, la Clairière et l’Association départementale d’Information sur le Logement (ADIL). Ses membres peuvent alerter sur tel ou tel dossier. Se faire connaître. Un seul PLI attribué depuis 2001.
3e (PS) Pionnier La mairie a pris les choses en main: elle a conservé une copie des dossiers des 1600demandeurs de l’arrondissement, avec l’autorisation de la CNIL. Désormais, ils sont aussi reçus par Yves Contassot, adjoint au logement du 3e (01-53-01-75-11). Après une première sélection informatique, Yves Contassot et son collaborateur font un second tri. Ensuite, la commission tranche. Elle comprend: le maire, Yves Contassot, l’opposition, les services sociaux, l’ADIL, le Collectif logements du 3e. Chacun peut soumettre ses propres candidats. Les décisions sont affichées en mairie. Une dizaine de logements intermédiaires attribués par an.
4e (PS) Bricolo Frédéric Fredj, conseiller chargé du logement, sélectionne les candidats à partir d’une liste «de gens qui viennent [le] voir», puis soumet ses choix au maire et au cabinet (01-44-54-75-01). Du «bricolage», en attendant la mise en place de la commission. Depuis janvier, 10 PLI attribués.
5e (ump) Tibérissime La sélection, c’est le cabinet. La désignation, Jean Tiberi: «Les gens écrivent, viennent aux permanences, se signalent aux services sociaux. Ensuite, mon cabinet fait le travail préparatoire et, moi, je choisis les cas urgents et anciens.» Pas de commission, qui n’est pas une garantie de transparence selon le maire. «Mais, puisque c'est à la mode, on va en faire une.» Sur le dernier semestre 2001, 2 PLI attribués.6e (ump)Rikiki En théorie, c’est le cabinet du maire qui «sélectionne. A partir des gens venus nous voir». Un fichier local de 1000 demandeurs. Après? «Si jamais j’avais un PLI à attribuer, affirme le maire Jean-Pierre Lecoq, je réunirais une petite commission, avec l’opposition et les services sociaux.» Sur le papier, c’est beau. Mais aucun PLI n’a été attribué depuis mars 2001.
7e (ump) Le néant Arrondissement sinistré : zéro PLI. «On vous lira avec intérêt, ça nous permettra de comprendre comment ça marche», dit-on au cabinet du maire.
8e (ump) Mauvaise pioche La sélection? «Il n’y a pas 36manières: ce sont les gens qui me sollicitent», dit le maire, François Lebel. Tous les cas signalés sont répertoriés dans un «cahier» au cas où. C’est là qu’il «piocherait» s’il avait un logement intermédiaire à attribuer, en favorisant les habitants menacés d’expulsion. «Si le cas se présentait, je serais terrorisé», avoue-t-il. Depuis mars 2001, aucun logement attribué.
9e (PS) Scrupuleux Ici, pas d’écrémage: les dossiers des 2030demandeurs du 9e sont conservés et traités. Chiadée, la commission d’attribution compte 4élus (dont l’opposition), les services sociaux, les associations Emmaüs, ATD Quart Monde, Accueil logement Saint-Lazare et le Secours populaire. Elle élit pour deux ans un bureau de trois membres, chargé de la présélection. «Les critères font l’objet d’une charte», indique Corine B^arlis, présidente du bureau. Depuis mars 2001, 25logements intermédiaires attribués.10e (PS)Discipliné « LA DLH nous sélectionne les dossiers qui correspondent aux logements sur les 4300demandeurs du 10e», indique Rémi Féraud, premier adjoint au maire. Etape suivante: la commission d’attribution, qui comprend le maire Tony Dreyfus, Rémi Féraud et l’opposition, des services sociaux, la Caisse d’Allocations familiales, les associations Centre social Aires10 et l’ADIL. Se faire connaître: «On essaie d’attribuer les logements à des cas connus par les élus ou les associations. » Depuis début 2002, 15 PLI attribués.
11e (Pôle Républicain) Prime au harcèlement Les dossiers traités sont ceux des habitants qui se sont fait connaître du maire Georges Sarre, de Catherine Lassure, déléguée au logement (01-53-27-11-16 ou 11-12), de Liliane Capelle, chargée des questions sociales, ou encore du député Patrick Bloche (PS). Avec, reconnaît-on, «une prime au harcèlement». Les élus ont d’ailleurs décidé de ne plus recevoir les demandeurs, sauf exception. Leur écrire. Une commission existe sur le papier, sans l’opposition. Mais ne s’est pas réunie car aucun programme neuf n’a été livré: « On ne convoque pas une commission pour un logement isolé. »
12e (PS) Efficace Le 12 e, qui compte 6 000 demandeurs, fait « extraire une vingtaine de fiches par la DLH en fonction du type d’appartement ». Quand le temps ne presse pas. Sinon, « pour ne pas perdre de logements », la mairie, tout en le déplorant, pioche dans les 2 000 dossiers de zélés qui se sont fait connaître. La commission comprend la maire Michèle Blumenthal, Laurence Dutriez, l’hyperactive adjointe au logement (01-44-68-12-64), des élus PS (l’opposition n’a pas souhaité siéger), des associations : Commune libre d’Aligre, Relais 59, Amicale Georges-Contenot et la Confédération nationale du Logement (CNL). En 2001, 145 logements attribués, dont 57 PLI et 66 loyers libres.
13e (PS) Débrouillard « C’est inéquitable, grogne Jean-Pierre Ruggieri, directeur de cabinet, mais nous avons constitué un fichier cabinet, à partir des visites aux permanences et des lettres. » Soit 4 000 dossiers sur 9 000 demandeurs. C’est qu’ici on a « une confiance limitée » en la DLH, jugée « trop tibériste et éloignée du terrain ». « Faute d’accès au fichier des demandeurs du 13e », la sélection est donc celle des élus, explique Christophe Pichaud, chargé du logement (01-44-08-14-02). La commission comprend le maire, des élus (dont l’opposition) et des associations de locataires : CNL et SLC. Durant le premier semestre 2002, 29 PLI et 63 loyers libres attribués.
14e (PS) Suivez le guide Incroyable ! Un « Guide du logement social » détaillé est à la disposition des habitants. Tout y est expliqué. Clairement. Et jusqu’à la sélection. Premièrement : la commission fait « extraire » par la DLH des dossiers parmi les 4 450 demandeurs de l’arrondissement. Deuxièmement : elle examine aussi les 2 000 cas connus des élus via les permanences et les courriers. Jean-Paul Millet est le monsieur logement local (01-53-90-67-04). La commission comprend un président désigné par le maire, les élus de la majorité, les services sociaux, des associations : Emmaüs, Solidarité nouvelle pour le Logement, trois associations de locataires, la Ligue des Droits de l’Homme ou le MRAP en alternance. Depuis début janvier, 47 PLI attribués.
15e (ump) Le roitelet Malgré 10 000 demandeurs inscrits, « c’est Monsieur le Maire qui s’occupe des affectations ». Sans adjoint au logement. Ni commission d’attribution. « Je n’ai pas accepté de me défausser sur une commission pour gérer la pénurie, tempête René Galy-Dejean. Et je n’attribue pas : je propose. C’est clair ? » Limpide. La sélection se fait à partir de son fichier cabinet, très vaguement évalué à « des milliers de demandes l’an ». Ce sont celles-là qu’il dépouille, trie et ressort du placard quand il obtient un contingent (01-55-76-75-04). En 2002, 11 PLI et 60 logements en loyers libres attribués.
16e (ump) Aux abonnés absents Le degré zéro de la communication. Malgré maints appels et fax, aucune réponse de Pierre-Christian Taittinger et sa suite. L’adjointe au logement, Raymonde Constant, tiendrait des permanences le jeudi après-midi. Nos condoléances aux postulants (01-40-72-19-11).
17e (ump) Ronchon « Créer une commission pour attribuer deux logements par mois, c’est trop lourd, trop long. Trop administratif », grince Jérôme Dubus, chargé du logement. Résultat : il soumet sa sélection au maire. Sa liste ? Les 5 000 demandes de l’antenne logement, dont « 35% de candidats au PLI ». En 2001, le 17e dit avoir attribué 8 malheureux PLI.
18e (PS) A côté de la plaque « Les PLI ne sont pas au cœur des préoccupations des habitants », indiquait Michel Neyreneuf, adjoint au logement, dans le « Journal du 18e » en juillet 2002. Normal : il les tient pour « une demande de confort. Une gâterie ». Sur les 10 000 demandeurs inscrits, plus de 1 000 peuvent pourtant y prétendre. Malgré tout, l’adjoint et sa chargée de mission, Thérèse Lafoucrière (01-44-68-13-89), traitent « les 3 000 demandes signalées » de ceux qui écrivent, s’adressent aux permanences ou sont parachutés par les services sociaux. Rendus anonymes, les dossiers passent en commission. A bord : les services sociaux, l’Association Paris-Goutte-d’Or et la CNL. En 2001, 60 PLI attribués.
19e (PS) Carrément opaque Ni adjoint au logement ni commission. « Pour éviter la ghettoïsation, Roger Madec, le maire, choisit », dit Valérie Pichaud, une collaboratrice qui s’occupe de tout (01-44-52-29-39). Entre autres des 5 000 dossiers cabinet, sur 9 500 demandeurs de logement recensés. « L’habitude des gens est de voir un élu pour appuyer leur demande. » En 2001, 90 PLI attribués.
20e (PS) L’Arlésienne « ILN, HLM, PLI : il y a de tout, dit-on à l’antenne logement. Après l’inscription, on peut s’adresser au cabinet du maire. » Là, c’est le trou noir : aucun interlocuteur compétent n’est accessible. D’après Anne Bourgeois, à la communication, en plus de leur dossier, « les demandeurs doivent remplir une fiche d’examen ». Censée ouvrir les portes de la commission. A condition de le savoir : « Sur 11 000 demandeurs, 2 051 l’ont remplie. » En commission siègent « 12 bénévoles, issus d’associations caritatives et de services sociaux ». Lesquels ? « Tous veulent que ce soit anonyme. » Résultat : c’est opaque. « Il y a, concède-t-elle, la Ligue des Droits de l’Homme, des gens des paroisses, des enseignants à la retraite. » Injoignables. De septembre 2001 à juin 2002, 157 PLI et 156 loyers libres attribués.
Isabelle Curtet-Poulner et Maël Thierry |
"Paris ne doit pas ressembler au Londres d'aujourd'hui"
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Le Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France. Comment expliquez-vous que le nombre de demandeurs de logements intermédiaires ait diminué de moitié en dix ans (1), alors que la crise du logement n’a jamais été aussi aiguë ? Jean-Yves Mano. C’est une constatation surprenante. D’autant que 70% des habitants d’Ile-de-France et presque autant de Parisiens ont droit à un logement social. L’explication est peut-être psychologique : les gens ne s’inscrivent plus parce que l’image du logement social n’est pas positive. Le fait qu’il existe différentes catégories de loyers aidés n’a pas été intégré.
Le silence sur ces logements pour classes moyennes est même parfaitement dissuasif ! Comme si, au-dessus du HLM, on n’était plus vraiment dans le social. Silence non, mais la difficulté à se loger touche aujourd’hui les classes moyennes, c’est exact. En même temps, j’ai 2 000 familles qui vivent dans des immeubles insalubres et 102 000 demandeurs. Où sont mes priorités ? Ce qui est sûr, c’est que je ne souhaite pas que Paris ressemble au Londres d’aujourd’hui : d’un côté une population très aisée, de l’autre une population très aidée. L’équilibre sociologique, c’est ce qui fait la richesse de Paris.
Concrètement… Pour les classes moyennes, nous construisons du PLS (2). Sur les 3 500 logements sociaux construits par an, 1 100 relèvent du PLS. L’effort de la Ville est équilibré socialement. En outre, nous achetons des immeubles, vendus par des institutionnels, dans lesquels nous souhaitons faire des logements sociaux pour les plus modestes et du PLS, pour la mixité sociale. Nous nous interrogeons sur l’opportunité de promouvoir des loyers à 12euros le m2.
Les familles aux revenus moyens qui doivent fuir Paris et ses mètres carrés hors de prix font-elles partie de vos catégories prioritaires ? Nous avons la volonté de fournir un logement aux personnes qui font vivre la ville. A mon sens, cela va de l’éboueur au médecin. Ça peut être une auxiliaire de puériculture, une infirmière, un policier, un professeur. 13% de nos attributions sont faites au personnel de la Ville, c’est un de nos objectifs. Nous fonctionnons un peu par quota, et je l’assume : pour les personnes handicapées, les jeunes ménages et les jeunes qui ne veulent plus jouer les Tanguy chez papa-maman.
Lorsqu’on a un logement pas trop cher du type intermédiaire, on ne le quitte plus… C’est une vraie difficulté. Mais la loi prévoit un maintien dans les lieux. Nous réfléchissons à une action incitative ciblée sur les occupants de grands appartements qui n’ont plus charge de famille en leur proposant de nouveaux logements, plus petits, avec la même grille de loyer. Nous sommes confrontés à un autre problème : l’utilisation de logements sociaux comme résidences secondaires, plus fréquente dans les logements intermédiaires parce que leurs occupants ont plus de moyens. Il y a aussi le problème des 30 000 logements vacants dans le parc privé. Nous voulons convaincre ces propriétaires de nous confier leur appartement en gestion : nous trouvons un locataire et nous garantissons le paiement du loyer. Mis bout à bout, cela fait une politique cohérente. Mais dans Paris intra-muros, on ne sera jamais à la hauteur de toute la demande. Les Parisiens devront vaincre la barrière psychologique du périphérique. Recueilli par Catherine Erhel, Guillaume Malaurie et Maël Thierry
(1) Le nombre de demandeurs de logements intermédiaires enregistrés à la Ville de Paris est passé de 18 600 en 1992 à 10 100 en 2001. Une partie de cette baisse s'explique par la hausse des plafonds de ressources pour accéder aux HLM. (2.) PLS : prêt locatif social. Le nouveau prêt, qui remplace peu à peu le PLI, est plus « social » (loyer moins élevé, ressources plafond des locataires plus basses). |
Comment sont logés les élus du conseil de Paris La transparence, c’est comme l’amour, ce sont les preuves qui comptent. Nous avons donc demandé aux 163 conseillers s’ils étaient bénéficiaires d’un logement dont le bailleur est une SEM liée à la Ville, ou s’ils étaient locataires sur le marché libre, ou propriétaires. 95 élus ont répondu. Soit 58,3% du total. Les plus transparents ? Les nouveaux venus, c’est-à-dire les Verts : 91,3% de retour. Suivis du PS (78,4%). En revanche, seuls 36,7% des 11 élus Pc ont cru bon de nous informer. Moins bien que l’UMP (38,2%) mais mieux que le MDC : 28,6%. Au total, on relève six loyers intermédiaires relevant d’une Sem parisienne ou de l’Opac. Est-ce un pur hasard ? Il se trouve que les conseillers qui nous ont répondu sont majoritairement propriétaires : 57,9%. (contre 29,6% en moyenne à Paris). G. M. et V. V. |
par ericjeanloicbreton le 2002-11-14 11:28:15
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Jeudi 14 novembre 2002

14 novembre 2002 Le gouvernement reporte à 2005 la date limite de signature des conventions tripartites Etat-collectivités-établissements de personnes âgées dépendantes Les moyens initialement prévus pour financer les conventions tripartites Etat-collectivités-établissements de personnes âgées dépendantes seront maintenus mais les financements seront «ajustés» en fonction des conventions signées. C’est ce qu’a assuré hier aux députés Hubert Falco, secrétaire d'Etat aux Personnes âgées. Le secrétaire d’Etat a indiqué que 600 000 personnes âgées dépendantes sont accueillies dans 10 000 établissements, 200 000 lits sont inadaptés, 5% des structures devraient être fermées compte tenu de leur vétusté. «Il est donc urgent de moderniser le système afin d'améliorer les conditions d'accueil des personnes âgées dans les structures d'hébergement collectif». Lancée en 1997, «la réforme de la tarification n'a pas abouti», a-t-il commenté. Et d'ajouter : «A notre arrivée, seulement 700 conventions tripartites avaient été conclues ; 1400 devraient l'être avant la fin de l'année». Dans ce contexte, le gouvernement a décidé de reporter à 2005 la date limite de signature de ces accords visant la mise aux normes des conditions d'hébergement, la médicalisation des structures et l'amélioration des conditions de travail des 300 000 salariés qui travaillent dans ce secteur.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-14 09:40:30
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Jeudi 14 novembre 2002

Trois psychiatres jugés jeudi à Nantes pour escroquerie et faux en écriture
NANTES, 13 nov (AFP) - Trois psychiatres exerçant dans une clinique nantaise comparaîtront jeudi devant le tribunal correctionnel de Nantes pour escroquerie et faux en écriture, accusés d'avoir facturé des actes 365 jours par an entre 1995 et 1998.
L'affaire avait été lancée en avril 1998 par une plainte de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Nantes auprès du conseil départemental de l'ordre.
Selon son directeur Claude Frémont, les enquêteurs de la caisse avaient établi que ces trois médecins de la clinique du Parc à Nantes avaient facturé des actes y compris pendant leurs congés non remplacés, ou lorsque les patients étaient en permission chez eux le week-end.
M. Frémont avait estimé à l'époque le préjudice à "10 millions de francs (1,5 M EUR) sur vingt ans". Celui qui aime être dépeint dans les médias comme "le Zorro de la Sécu" a déclaré mercredi à l'AFP que "cette estimation n'est pas prouvable faute de pièces couvrant toute la période".
"Nous n'avons pu remonter que jusqu'à 1995 et la pratique a cessé en 1998", a expliqué le directeur de la CPAM, ajoutant qu'il demanderait à chacun des prévenus le remboursement d'environ 60.000 euros "augmentés des intérêts".
Les trois médecins cités avaient attaqué M. Frémont en diffamation en 1998, demande qui a fait l'objet d'un sursis à statuer.
En avril 2000, ils ont été condamnés par le conseil de l'ordre à trois mois d'interdiction d'exercer, dont deux mois avec sursis.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-14 09:31:39
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Mercredi 13 novembre 2002
• LE MONDE | 13.11.02 | 11h32
M. Ferry s'attaque aux préjugés qui minent les lycées professionnels
Alors qu'un lycéen sur trois est scolarisé dans l'enseignement professionnel, l'image de la filière reste très négative. Assimilée par les familles et les élèves à un "cul-de-sac", une orientation par défaut ou une voie de relégation, elle paraît réservée aux seuls élèves en grande difficulté scolaire. Contre ces préjugés, Luc Ferry veut réhabiliter ce qu'il présente comme une "filière d'excellence"– dans le même esprit que ses prédécesseurs et dans la droite ligne des propositions émises par Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle. Le ministre de la jeunesse et de l'éducation nationale devait présenter, mercredi 13 novembre, en conseil des ministres, ses orientations pour renforcer l'enseignement professionnel.
Le chantier est difficile. Les lycées professionnels scolarisent en effet, pour l'essentiel, des élèves qui ont échoué dans l'enseignement général. Souvent en retard d'une ou deux années, ils sont issus des milieux sociaux les moins favorisés. Près de 40 % sont des enfants d'ouvriers, 12,5 % des enfants de chômeurs contre 5 % d'enfants de cadres et de professions libérales. "Les jeunes eux-mêmes soulignent l'effet "ghetto" et se disent "étiquetés LP", alors qu'ils aspirent à vivre comme les autres adolescents de leur âge", souligne une étude récente du ministère de l'éducation nationale.
Le sentiment d'être inscrit dans une "voie de garage" est une constante chez les élèves. Beaucoup de jeunes ont subi plus que choisi cette orientation. "La plupart sont en situation de révolte vis-à-vis d'une école et d'une société qui leur imposent une position subordonnée", analyse Catherine Agulhon, enseignante à l'université Paris-V dans L'Ecole, l'état des savoirs. Certaines formations souffrent d'une image particulièrement dégradée, en raison notamment de la pénibilité des métiers et de salaires peu attractifs. "Les filières du bâtiment, de la mécanique ou des métiers de bouche sont en panne de recrutement, explique René Pasini, du Snuep-FSU, un des syndicats du secteur, pour qui "la question de la dévalorisation des métiers est avant tout de la responsabilité des fédérations professionnelles".
L'expérience des familles, leurs représentations, peuvent contribuer au rejet de la filière. "Dans certaines régions comme l'Est et le Nord, les familles ont vécu un véritable traumatisme lié à la désindustrialisation qui alimente leur méfiance vis-à-vis de l'enseignement professionnel, explique Christian Souche, proviseur d'une cité technique à Saint-Etienne (Loire). Les parents redoutent que leurs enfants ne se retrouvent comme eux au chômage s'ils choisissent des professions liées à l'industrie ou au BTP."
"REJET DE L'ÉCOLE"
Ce malaise se matérialise par un taux d'abandon élevé. L'année dernière, 11 % des élèves ont quitté le lycée au cours ou à l'issue de la première année de CAP ou de BEP. Bernard Lefèvre, proviseur d'un lycée professionnel à Abbeville (Somme), indique, par exemple, que pour cette rentrée 2002 quelque 60 élèves sur 250 ne se sont pas présentés pour leur deuxième année de BEP. "L'abandon est lié à un absentéisme important et les élèves que nous admettons à la fin de la troisième sont souvent en rejet de l'école", explique-t-il. Ce phénomène d'évaporation est d'autant plus inquiétant que les élèves et apprentis qui abandonnent en cours d'année leur CAP ou leur BEP représentent 53 000 des quelque 60 000 jeunes sortant sans aucune qualification chaque année. Une enquête publiée en octobre par la direction de la programmation et du développement (DPD) du ministère de l'éducation précise les motifs d'abandon d'un millier de lycéens de l'enseignement professionnel. L'interruption de scolarité n'est justifiée par l'obtention d'un emploi que dans 15,5 % des cas, alors même que l'enquête a été réalisée en période de reprise économique.
Il apparaît plutôt que la décision d'interrompre la scolarité est souvent liée "au fait que la formation suivie ne correspondait pas aux vœux d'orientation" des lycéens, constatent les auteurs de l'étude. Près des deux tiers des jeunes interrogés (63 %) expliquent leur abandon par la nature même de la formation, le type de métiers auxquels elle conduit. Les filières les plus touchées sont comptabilité et gestion, commerce et vente, électricité, secrétariat et bureautique.
Face à ce constat, les ministres successifs de l'éducation ont cherché à revaloriser les lycées professionnels aux yeux des familles et des élèves. Le discours sur l'"égale dignité" de la filière par rapport à l'enseignement général est même devenu un passage obligé. Dans cette entreprise, Claude Allègre s'était adjoint les services de l'ancien fraiseur en métallurgie, et accessoirement entraîneur de l'équipe de France de football, Aimé Jacquet, pour vanter à la télévision les mérites du professionnel. Outre un discours volontariste sur les "sciences pratiques", Jean-Luc Mélenchon avait choisi de simplifier l'organisation de la filière par la mise en place du "lycée des métiers". Il souhaitait ainsi regrouper un ensemble de formations (du CAP au BTS en passant par le bac pro) autour d'une même activité (lycée de l'automobile ou de la mer, par exemple). A son tour, Luc Ferry a promis que l'enseignement professionnel constituerait sa priorité, à égalité avec l'illettrisme (Le Monde du 24 mai).
Mais l'argument essentiel reste celui de l'insertion sur le marché de l'emploi, meilleure que ce que laisse supposer l'image dégradée des lycées professionnels. "Le jeune orienté vers l'enseignement professionnel parce qu'il ne sait pas lire ou parce qu'il a un comportement difficile a certes peu de chances de réussir. Mais celui qui est motivé peut avoir un parcours professionnel remarquable", souligne Alain Dumont, chargé de l'éducation au Medef. Trois ans après l'obtention de leur diplôme, 79 % des titulaires d'un CAP ou d'un BEP et 86 % des bacheliers professionnels ont un emploi, ce qui constitue un résultat honorable. La proportion est en effet à peine supérieure pour les titulaires d'un bac + 2 (92 %) ou d'un second cycle (87 %). Les promoteurs de l'enseignement professionnel y voient la démonstration que cette filière est loin de constituer un "cul-de-sac". Pourvu qu'on s'y sente à sa place.
Luc Bronner et Martine Laronche
39 % d'élèves issus d'un milieu ouvrier
Effectifs.
Quelque 695 000 élèves étaient scolarisés dans les lycées professionnels (LP) en 2001-2002, contre 1 504 000
dans les lycées généraux et technologiques (LEGT).
Elèves
. La plupart des élèves scolarisés en BEP ou en CAP ont un ou deux ans de retard.
La proportion d'enfants d'origine favorisée est nettement plus faible dans les lycées professionnels que dans les établissements généraux et technologiques.
38,8 % des élèves sont des enfants d'ouvriers (contre 21 % pour les LEGT), 5 % des enfants de cadres (contre 23,5 %).
Diplômes.
Le certificat d'aptitude professionnelle (CAP) se prépare en deux ans après la troisième. 67 500 élèves étaient inscrits en 2001-2002 pour préparer ce diplôme.
Les titulaires de CAP intègrent le plus souvent le monde du travail après l'obtention de leur diplôme.
Le brevet d'études professionnelles (BEP) peut être obtenu en deux ans après la classe de troisième.
Plus de 436 000 jeunes préparaient ce diplôme en 2001-2002.
Après l'obtention du BEP, la majorité des titulaires poursuivent leurs études en première puis en terminale professionnelle.
Le baccalauréat professionnel est réservé aux titulaires d'un BEP ou d'un CAP, il se prépare en deux ans. En 2001-2002, 172 600 élèves étaient inscrits en première ou en terminale.
Le taux de réussite au bac professionnel était de 77,2 % lors de la session 2002.
Une partie des bacheliers professionnels poursuivent
leurs études dans l'enseignement supérieur, notamment pour préparer
des brevets de technicien supérieur (BTS).
Risque de pénurie chez les enseignants
L'enseignement professionnel pourrait rapidement souffrir d'une crise des vocations chez les enseignants. Le nombre de candidats au concours de professeur de lycées professionnels a en effet diminué de 10 % en deux ans. Dans le même temps, du fait des nombreux départs à la retraite prévus d'ici à 2010, le nombre de postes a crû de 40 %, mettant en évidence, pour les syndicats, le risque d'une pénurie. En moyenne, on a donc compté moins de cinq candidats par poste pour l'enseignement professionnel lors de la session 2002. Dans certaines disciplines, notamment dans le secteur de la production, l'éducation nationale se retrouve en concurrence directe avec les entreprises.
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.11.02
par ericjeanloicbreton le 2002-11-13 12:52:07
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Mercredi 13 novembre 2002

Parenté - parentalité : réalités et perspectives " Allocution de Monsieur Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire Lors de la clôture de la journée "Parenté - parentalité : réalités et perspectives" à Périgueux jeudi 7 novembre 2002
Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous dire combien je me réjouis que la ville de Périgueux ait pris l'initiative de cette journée consacrée aux réalités et aux perspectives de la parentalité. Je tiens donc à rendre hommage à Madame Marie-Christine SANJUAN, maire-adjoint, chargée de l'enfance, de la famille et des relations inter-générations qui en est directement à l'origine et en a supervisé la mise en œuvre avec toute l'implication et la passion que nous lui connaissons. Je tiens également à remercier l'ensemble des participants, magistrats, psychologues, psychanalystes, pour la richesse de leur intervention et à saluer les nombreux acteurs qui ont accepté d'apporter leur concours à cette manifestation : le Conseil général et la caisse d'allocations familiales de Dordogne ainsi que l'Espace Economie Emploi de l'agglomération périgourdine qui a pris une part très active à son organisation. Je n'oublie naturellement pas de leur associer le Ministère de la Santé, de la Famille et des personnes handicapées et je remercie M. Christian JACOB, ministre délégué à la Famille, d'avoir bien voulu clôturer cette journée et en marquer ainsi toute l'importance.
Je lui laisserai rapidement la parole puisque le thème qui nous réunit aujourd'hui s'inscrit évidemment au cœur de ses préoccupations. Je m'en tiendrai donc à quelques points.
En tout premier lieu, il est assez étonnant que la parentalité, qui se situe parmi les fonctions et les rôles de la vie des individus les plus délicats à assumer, ceux qui mobilisent l'investissement affectif le plus important, fasse aujourd'hui si peu l'objet de réflexion ou de formation. On a tendance à considérer que le " métier " de parent, à l'instar de l'instinct maternel, est inné, qu'il va de soi, alors qu'il n'a sans doute jamais été aussi difficile à exercer.
Je ne peux donc que vous féliciter d'avoir choisi de mettre en exergue cette question essentielle et d'avoir organisé autour d'elle non pas une nième réunion d'information, mais un vrai débat, permettant de dresser un constat et de tracer une perspective. Il est évident qu'une seule journée ne saurait suffire à une telle réflexion. Il me paraît tout à fait souhaitable que celle-ci puisse être poursuivie et approfondie, afin d'apporter des réponses cohérentes et adaptables sur le terrain. A cet égard, je sais que beaucoup parmi vous souhaiteraient la création à Périgueux d'un observatoire de la famille, qui réunirait des professionnels sociaux et médicaux, des juristes et des enseignants et travaillerait pendant l'année sous forme de deux séminaires. Parallèlement à cet observatoire, vous jugez également indispensable la création, sur le terrain, de réseaux d'appui et d'accompagnement à la parentalité.
C'est naturellement au ministère de la Famille qu'il appartient d'examiner la pertinence de ces projets et l'aide éventuelle à leur apporter. Je ne doute pas que, sur ce point, Christian JACOB se prononcera tout à l'heure. En ce qui me concerne, je ne manquerai pas d'appuyer les actions qui permettent à la ville de Périgueux de continuer à jouer un rôle-pilote en ce domaine.
Etre parent, disais-je, n'a jamais sans doute été plus difficile qu'aujourd'hui. Je pense que vous avez commenté tout au long de cette journée les multiples raisons de cette difficulté. J'insisterai pour ma part sur trois d'entre elles. L'éclatement de la cellule familiale traditionnelle tout d'abord et la présence grandissante de la famille monoparentale, de la famille éclatée, de la famille décomposée ou recomposée. Ensuite, les changements de configuration de la famille traditionnelle elle-même qui d'élargie qu'elle était souvent autrefois est devenue plus restreinte, centrée sur les seuls parents et bénéficie beaucoup moins des solidarités intergénérationnelles. Enfin, l'autorité parentale qui a subi le contrecoup de la contestation qui a atteint l'ensemble des formes d'autorité. Tout ceci a eu des répercussions directes sur l'exercice de la fonction parentale et sur la nature même des relations entre chacun des membres de la famille. Les rapports d'autorité stricte ont laissé la place à des relations faisant davantage appel à l'estime, à la confiance, à la reconnaissance de l'autre. Un comportement plus individualiste des membres de la famille fait qu'aujourd'hui l'autorité parentale ne va plus de soi, que les repères éducatifs sont moins présents. Ceci explique l'attitude de certains parents qui, doutant qu'ils aient encore une place et un rôle à jouer, opèrent un repli face à leurs enfants. Et du repli à la défaillance, voire à la démission, il n'y a pas loin.
Par delà ces évolutions profondes, une constante forte demeure : les parents, qui sont tous appelés à devenir un jour ou l'autre et pour longtemps des parents d'élèves, ont à se situer par rapport à l'institution scolaire. Celle-ci est peut-être la mieux à même de révéler leurs défaillances éventuelles, mais elle est peut être aussi la plus apte à leur venir en aide. C'est en tout cas l'idée qui a présidé à la création du groupe de travail sur la responsabilisation des parents en matière d'absentéisme scolaire que Christian JACOB et moi-même avons récemment mis en place. Cette idée n'est pas de pointer du doigt les familles qui contreviennent à l'obligation scolaire et de les sanctionner - encore que la sanction soit indispensable, même si elle doit rester une solution ultime - elle est bien de les soutenir et les responsabiliser.
L'école n'a pas, en effet, à être une instance de soupçon vis-à-vis des familles. Elle doit au contraire instaurer avec elles un dialogue confiant qui leur permette de comprendre l'importance de l'activité scolaire en général, de bien connaître et apprécier la scolarité de leurs enfants en particulier. A cet égard, je crois qu'il est utile, par exemple que, le plus souvent possible, les bulletins de notes soient remis aux parents dans l'établissement et commentés de vive voix. Plus largement, un document national sera publié au cours de cette année scolaire et permettra de mieux sensibiliser les enseignants aux buts et aux moyens du dialogue éducatif avec les familles et les associations de parents d'élèves.
Par ailleurs, il importe de rappeler clairement aux parents, comme à tous les autres membres de la communauté éducative, quels sont leurs droits et leurs devoirs. Un livret présentant ceux-ci sera prochainement publié et contribuera à clarifier les relations de chacun. Notre objectif est bien de redonner toute leur place et toute leur dignité aux parents à l'école, de redire que, de par leur qualité d'éducateurs premiers de leurs enfants, ils y sont naturellement des acteurs importants et reconnus et de contribuer ainsi, si besoin était, à restaurer l'autorité qui est liée à leur fonction.
Enfin et surtout, il me paraît essentiel que l'institution scolaire retrouve une signification forte, que les parents considèrent à nouveau l'école non pas comme une garderie ou un simple service, mais bien comme le lieu où se joue le destin de leurs enfants, un lieu qui a ses règles et ses contraintes. Pour atteindre cet objectif, une mesure emblématique sera mise en place. A la distribution du règlement intérieur en début d'année se substituera une signature par les élèves comme par les parents de ce même règlement sous une forme qui pourra être solennelle. C'est cette signature qui instaurera un " contrat de vie scolaire " entre les familles, les élèves et l'établissement.
Telles sont, Mesdames et Messieurs, les mesures que j'ai voulu mettre en œuvre, non pas tant pour faciliter aux parents l'exercice de leur mission, mais du moins pour les aider, quand cela s'avère nécessaire, à reprendre pleinement leurs responsabilités d'éducateurs.
Permettez-moi de vous féliciter une nouvelle fois pour la qualité et la richesse de cette journée, qui constituera, en tout cas je le souhaite, la première étape d'une réflexion continue dont nous avons tous à tirer profit.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-13 12:10:38
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Mardi 12 novembre 2002
SOCIAL Près d'un Français sur dix concerné Budgets en hausse pour les handicapés
 PAR MARIE-THÉRÈSE BOISSEAU * [12 novembre 2002]
 « Je veux donner le maximum de mes capacités mais la société doit faire le nécessaire pour que je puisse donner », dit Florence, une myopathe.
L'intégration des personnes handicapées dans notre société est prioritaire. Le président de la République ne s'y est pas trompé en en faisant un des trois principaux chantiers pour l'actuel quinquennat. La création d'un ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées et d'un secrétariat d'état aux Personnes handicapées, voulue par le premier ministre, a été en soi un premier signe politique fort.
Les premières mesures concrètes sont inscrites dans des budgets 2003 en augmentation. Elles traduisent la volonté du gouvernement à la fois d'accueillir davantage de personnes handicapées en établissement et de permettre à celles qui le souhaitent de vivre à domicile. C'est ainsi que le nombre de nouvelles places en centres d'aide par le travail (CAT) et en maisons d'accueil spécialisé (MAS) va être doublé en 2003. Parallèlement, ces budgets vont permettre de créer des postes d'auxiliaires de vie, de développer l'accueil temporaire et d'expérimenter les soutiens à domicile organisés en réseau afin de faciliter la vie quotidienne d'un plus grand nombre de personnes handicapées.
L'année 2003, déclarée année européenne des personnes handicapées, sera marquée par de nombreuses manifestations et surtout par la réforme de la loi de 1975. Déposée devant le Parlement avant l'été, cette nouvelle loi a pour lignes directrices l'accueil, l'accompagnement, l'intégration et la compensation.
Tout commence à l'enfance. Et pour qu'un enfant, quel qu'il soit, puisse donner, adulte, le meilleur de lui-même, il doit être reconnu, dès sa naissance, pour ce qu'il est, et accompagné pas à pas dans son développement en respectant le rythme qui est le sien. Un enfant handicapé doit être pris en charge et ses capacités stimulées bien plus tôt et bien mieux que nous ne le faisons aujourd'hui. Il faut partir de ses potentialités plutôt que de ses manques. Moyennant des aides techniques et humaines spécifiques à chaque type de handicap, il doit pouvoir être accueilli en crèche, en halte-garderie et ensuite à l'école « ordinaire » comme un enfant valide.
En France, l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans mais, a contrario, l'éducation nationale a l'impérieux devoir d'accueillir tous les enfants et de s'adapter à leurs spécificités pour qu'ils bénéficient au mieux de la scolarité. Cela ne remet pas en cause le bien-fondé d'établissements spécialisés comme les instituts médico-éducatifs (IME) mais ces derniers doivent être plus ouverts et favoriser des échanges constants avec le milieu scolaire.
Au-delà de l'accueil, l'école doit préparer l'intégration de tous les enfants dans la société notamment les conduire, dans leur très grande majorité, vers un métier. L'activité professionnelle des personnes handicapés en France est encore marginale, et pas toujours directement liée au niveau de qualification : leur taux de chômage est de 26 %, contre 9 % pour la moyenne nationale... Un immense chantier est devant nous !
Cette volonté d'intégration en milieu ordinaire n'est pas contradictoire avec le maintien, voire le développement de « lieux de travail protégé », ce que nous appelons aujourd'hui les centres d'aides par le travail (CAT) ou les ateliers protégés. Mais ces derniers doivent être considérés davantage comme un tremplin par rapport au travail en milieu ordinaire.
Beaucoup de personnes handicapées ne pouvant pas travailler à plein temps, il faudra développer parallèlement le travail à temps partiel et, pour ceux qui ne peuvent pas rejoindre les structures de travail protégé, les activités qui stimulent et facilitent les relations avec les autres.
Qu'elles travaillent ou pas, les personnes handicapées doivent par ailleurs choisir leur mode de vie : voilà un enjeu majeur ! Elles sont nombreuses à souhaiter vivre à domicile. Quelques expériences montrent que c'est possible, quel que soit le niveau du handicap. Les maisons d'accueil spécialisé (MAS), encore insuffisantes en nombre, doivent constituer un recours. Mon ambition est de développer des passerelles, avec la possibilité d'un accueil temporaire plus ou moins prolongé dans les moments de crise permettant aux personnes handicapées ou à leur famille de changer de rythme, de se reposer.
La loi devra aussi favoriser une gestion rigoureuse des deniers alloués. Il s'agit de financement public dont les associations gestionnaires ont à rendre compte à tout moment de façon totalement transparente. Et surtout, elle donnera les moyens de lutter plus efficacement contre les maltraitances de tous ordres à propos desquelles les témoignages ne manquent pas... pour peu qu'on veuille bien les entendre.
Il est coutume de dire qu'il y a 5 millions de Français handicapés, deux fois plus que de chômeurs ! Chiffre approximatif certes mais, à coup sûr, pas très loin de la réalité. Presque un Français sur dix, c'est considérable ! Au-delà de la loi, il appartient à chacun de changer de regard et de comportement vis-à-vis du handicap, d'être ce « passeur » qui permette aux personnes handicapées de vivre avec et comme les autres. Si, parmi toutes les exclusions que notre société sécrète en permanence, nous arrivions, comme dans d'autres pays, à effacer celle générée par le handicap, nous aurions fait oeuvre très utile pour la société tout entière, manifestement inquiète sur son devenir et en quête de sens.
Ne perdons pas espoir car, selon la belle devise des ducs de Bourgogne, que nous soyons des personnes handicapées ou valides : « Plus est en nous » !
* Secrétaire d'État aux Personnes handicapées.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-12 10:29:20
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Samedi 9 novembre 2002
Opération «Toile d'araignée» à Paris
Elle a permis l'arrestation de six personnes, dont quatre Russes.
Par Fabrice TASSEL
samedi 09 novembre 2002

Saisis par un juge de Bologne et le parquet antimafia italien, des policiers français enquêtent sur plusieurs sociétés basées en France.
Paris aussi, deux juges du pôle financier s'intéressent aux intérêts d'hommes d'affaires russes. Saisis par un juge de Bologne et le parquet antimafia italien, des policiers français enquêtent depuis environ un an sur plusieurs sociétés basées en France et soupçonnées d'avoir blanchi des centaines de millions de dollars, dont une partie des aides accordées à la Russie par le Fonds monétaire international (FMI).
Repentis. Les révélations faites début 2000 par deux repentis, un couple qui dirigeait une société new-yorkaise par laquelle transitait l'argent sale, ont donné naissance à cette vaste opération policière. Menée à l'échelle européenne et baptisée «Toile d'araignée», elle a abouti du côté français à l'arrestation en juin de six personnes, dont quatre Russes. Surveillés par certains services de police depuis le début des années 90, ces hommes dirigeaient une demi-douzaine de sociétés (transport de minerais et de pétrole, bois), dont une basée sur les Champs-Elysées, qui se sont révélées n'être que des coquilles vides. «Ces sociétés travaillaient sans aucune logique commerciale, avec un autofinancement énorme. A l'évidence, leur activité n'était qu'apparente», estime un policier parisien.
Recyclage. Il semble que les personnes mises en examen pour «blanchiment et abus de biens sociaux», et incarcérées dans plusieurs prisons de la région parisienne, ne soient que les employés d'un réseau beaucoup plus vaste. Dans la ligne de mire de la justice italienne figure ainsi Grigori Loutchansky, réputé être à la tête d'un réseau de recyclage d'argent sale, notamment via la Nordex, une société fondée en 1989 en Autriche pour abriter l'argent détourné des caisses du Parti communiste russe. La Nordex, qui a ensuite essaimé 70 filiales partout dans le monde, aurait depuis servi à faire circuler l'argent du crime organisé russe. L'avocat de Grigori Loutchansky qui dément cette accusation en France, Me Francis Szpiner, a déjà fait savoir aux juges que son client était prêt à les recevoir à Moscou s'ils désiraient l'interroger.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-09 10:35:31
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Jeudi 7 novembre 2002

Handicapés, la conquête de l'autonomie
L'Express du 07/11/2002
Pascal Gobry
«Le système actuel est pervers»
propos recueillis par Jacqueline Remy
Comment inciter les chefs d'entreprise à embaucher des personnes atteintes d'un handicap? Ce défi sera lancé lors de la semaine organisée par l'Agefiph et l'Adapt, deux associations d'aide aux handicapés. De son côté, le statisticien Pascal Gobry dénonce dans L'Enquête interdite (Le Cherche Midi) la perversion d'un système qui, selon lui, maintient la ségrégation. L'Express l'a rencontré
© DR Le salaire minimum en CAT est de 5% du smic, et il existe un maximum: 110% du smic.
Pourquoi ce titre, L'Enquête interdite? Quand il était dans l'opposition, le ministre Jean-François Mattei, alors député, était parvenu - après le scandale des disparues de l'Yonne - à faire voter par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur la situation des handicapés. Quelques semaines plus tard, la conférence des présidents de groupe du Palais-Bourbon a annulé cette commission d'enquête, la jugeant «inutile». Si cette commission avait pu faire son travail, mon livre n'aurait pas lieu d'être. Vous allez plus loin. Vous affirmez que tous les chiffres sont faux quand on parle des handicapés. On ne sait même pas les dénombrer, dites-vous. Façon de minimiser le problème? Officiellement, en France, 3,5 millions de personnes souffrent d'un handicap. Mais, mystérieusement, au-delà de 60 ans, vous n'êtes plus considéré comme handicapé. Je sais, en raison de mon métier de statisticien, comment on évacue certains chiffres. Prenons l'exemple des aveugles: les statistiques des ministères en recensent 60 000 en France. Moi, j'estime qu'ils sont au moins 350 000. Pourquoi? Parce qu'au Royaume-Uni, pays dont la population est à peu près égale à la nôtre, où l'on compte tous les aveugles, y compris les plus de 60 ans, et où, que je sache, aucune maladie génétique n'a particulièrement frappé, ils sont 380 000, outre 1,8 million de mal-voyants… Bref, si l'on veut bien admettre que les plus de 60 ans sont des êtres humains comme les autres, il y a environ 5 millions de handicapés en France. Or les progrès de la médecine - qui sauvent des vies, au prix parfois d'un handicap - et l'allongement de l'espérance de vie font qu'il y aura de plus en plus de personnes handicapées en France, sans doute 10 millions en 2030. Au lieu d'édulcorer les chiffres et d'éluder la question, les hommes politiques devraient s'en soucier.
«Il n'y a pas 4% de handicapés dans les entreprises »
Quel intérêt y a-t-il à travestir la réalité? Faire croire que la politique qu'on mène est efficace. On dit, par exemple, qu'il y a de plus en plus d'enfants handicapés accueillis par l'Education nationale. Pourquoi? Pour calmer leurs parents. En fait, il y en a de moins en moins, et cela nous coûte cher: une place d'élève revient à 7 000 euros dans l'Education nationale, au lieu de 25 000 euros dans une institution privée. Dès que l'on aborde le problème du chômage, tous les chiffres sont faux en général mais, dans le domaine du handicap, c'est un mensonge énorme. Les statistiques officielles disent que le chômage des handicapés se monte à 15%. Or j'ai calculé que 62% des 730 000 travailleurs handicapés reconnus aptes au travail sont ou bien au chômage, ou bien, pour 100 000 d'entre eux, dans des centres d'aide par le travail (CAT). Voici les vrais chiffres; ils ont tous augmenté de 1999 à 2001: catégorie des handicapés immédiatement disponibles à la recherche d'un CDD: + 90%; catégorie des handicapés munis d'un petit boulot, en quête d'un CDI à temps partiel: + 73%; catégorie des handicapés munis d'un petit boulot, à la recherche d'un CDD: + 186%. Pourtant, la loi de 1987 contraint les entreprises de plus de 20 salariés à employer un quota de 6% de handicapés. Une loi, semble-t-il, imparfaitement appliquée, puisqu'on annonce qu'elles n'ont pas dépassé le seuil de 4%. Mais, là encore, vous contestez fermement les bilans officiels. C'est la plus grosse imposture! Les statistiques sont biaisées. Il n'y a pas 4% de handicapés dans les entreprises. La vérité, c'est que la loi est respectée aux deux tiers. Or, comme il y a des quantités de façons de respecter la loi sans embaucher de personne handicapée, on compte toutes ces façons comme si on en avait recruté. En réalité, il suffit de recenser le nombre de handicapés qui travaillent en entreprise et de le rapporter à l'effectif global des salariés en France: au lieu des 4% affichés, vous obtenez 1%. Paradoxalement, ce sont les entreprises de moins de 20 salariés qui, alors qu'elles n'y sont pas contraintes légalement, emploient en moyenne le plus de handicapés: 1,6%. Mais comment les autres font-elles pour contourner la loi? Les textes permettent, par exemple, de compter pour 2, 3, ou même 5,5 handicapés, une seule personne embauchée, en fonction de son âge, de la gravité de son état, de la catégorie à laquelle elle appartient, à l'issue d'une quantité de calculs. Pour résumer, il y a sept méthodes parfaitement légales pour éviter de recruter ceux que l'on fuit comme Quasimodo. La plus banale, dans sa cruauté, consiste à payer une amende, si l'on n'emploie pas le quota légal de handicapés. Quand on paie une amende, normalement, cela ne donne pas le droit de réitérer l'infraction. En l'occurrence, si. Ce qu'on paie à l'Agefiph, l'organisme chargé de collecter ces sommes, ce n'est pas une amende, c'est une autorisation de ne pas embaucher une personne handicapée, une sorte de permis. A un prix dérisoire: 4 000 euros par an pour une entreprise de 33 à 50 employés. Le discours officiel, évidemment, dit exactement le contraire: cette méthode se veut théoriquement dissuasive, alors que c'est celle que les employeurs préfèrent. Ce n'est pas cher. Et, par ailleurs, il est tellement compliqué d'embaucher un handicapé… Il faut remplir une quantité de papiers d'une complexité ahurissante. Alors que, là, il suffit de libeller un petit chèque, et hop! vous êtes débarrassé du problème.
«On ne veut pas que ces employés-là soient en contact avec la clientèle»
Pourquoi les chefs d'entreprise répugnent-ils tant à embaucher des handicapés? Ce n'est pas rationnel. Une entreprise qui embauche un handicapé voit son emploi en partie subventionné, et on l'aide à aménager le poste de travail. Pourtant, à productivité égale, elle préfère une personne valide, alors que, théoriquement, elle a intérêt à recruter un handicapé. Tout simplement parce que ce dernier ne fait pas bien dans le décor. C'est la seule raison. Il y a un aspect esthétique: on ne veut pas que ces employés-là soient en contact avec la clientèle. D'ailleurs, on les met souvent au standard. C'est assez terrible, et cela explique à quel point nous sommes collectivement prêts à payer cher la relégation des handicapés. Vous rapportez qu'il y a un moyen un peu hypocrite, et finalement lucratif, de donner du travail à des handicapés sans les recruter. C'est l'une des sept méthodes, la pire: l'exclusion, au nom de l'insertion. Au lieu d'embaucher chez vous des personnes handicapées, vous ouvrez un centre d'aide par le travail (CAT), une usine spéciale où vous pouvez les payer à 5% du smic, en dehors de tout droit du travail, et cela vous dispense d'en recruter dans votre entreprise principale. Combien d'entreprises ont recours aux CAT? En 1998, 21 700. De 1993 à 1998, on a vu une progression de 29% des contrats de sous-traitance entre l'entreprise principale et ces entreprises délocalisées. Non seulement ces emplois ne coûtent pas cher - c'est le Bangladesh, moins les frais de transport - mais ils peuvent rapporter gros, grâce aux subventions. En plus, les handicapés ne sont pas mélangés aux autres employés. C'est un système d'une perversité totale! Vous n'hésitez pas à parler d'esclavage économique à propos des CAT... Qu'est-ce d'autre? Les CAT ne sont pas soumis au droit du travail. Il n'y a ni indemnités de licenciement, ni allocation de chômage, ni, en cas de litige, accès aux prud'hommes: on peut être licencié du jour au lendemain. Il n'y a évidemment pas de syndicat dans ces maisons qui échappent à l'inspection du travail. Dans beaucoup de CAT, les 35 heures sont appliquées à l'encadrement - des travailleurs valides - mais pas aux ouvriers handicapés, qui, sauf exception, font 39 heures et ne partent à la retraite qu'à 60 ans, alors qu'en Europe certains de nos voisins sont plus compréhensifs. Théoriquement, les CAT sont faits pour préparer l'insertion future des handicapés dans une entreprise normale. En réalité, ceux-ci passent leur vie entière dans l'établissement, à commencer par les meilleurs éléments - pourquoi les lâcher à la concurrence? Chaque année, 0,5% seulement des ouvriers sortent des CAT, c'est dire le pouvoir d'insertion de ces établissements! Selon vous, le salaire moyen de ces ouvriers s'élève seulement à 12% du smic, le minimum autorisé étant de 5%. Comment est-ce possible? Parce que les allocations, en France, sont versées sous conditions de ressources. Les patrons savent que moins ils paient le travailleur handicapé, plus celui-ci percevra d'allocations. Pourquoi s'embêteraient-ils à le payer plus cher, alors que la collectivité prend la différence à sa charge? C'est d'ailleurs un système qui invite à ne pas travailler. Je cite le cas d'un aveugle qui touche 1 700 euros par mois d'allocations non imposables et sous conditions de ressources. Déjà, il ne se marie pas avec sa compagne, cadre dans une banque, pour éviter de perdre la totalité de ses allocations. On propose à ce diplômé d'une école de commerce des boulots - sous-payés parce qu'il est handicapé - à 1 700 euros par mois, justement, mais imposables. En travaillant, il gagnera moins qu'au chômage. La solution? Au lieu d'avoir des allocations de subsistance, qu'on supprime quand le handicapé trouve du travail, on devrait instaurer des allocations compensatrices imposables versées quoi qu'il arrive, selon le principe suivant: vous avez des charges supplémentaires, on vous met à égalité avec les autres. Jacques Chirac s'est engagé en ce sens. Pourquoi les CAT paient-ils si mal, alors qu'ils sont largement subventionnés? Le pis, ce n'est pas le salaire minimum. Plus choquant encore, il y a un salaire maximum. Dans les CAT, il est interdit à un ouvrier de gagner plus de 110% du smic normal, toutes ses allocations sociales comprises. «Mais, m'sieur, si je travaille bien?» Cause toujours, toute ta vie tu resteras à moins de 110% du smic… Malgré tout, n'est-ce pas mieux de travailler là plutôt que de rester inactif? C'est, bien sûr, ce que l'on dit. Les handicapés sont piégés dans ce discours. Si vous ne voulez pas travailler en CAT, vous avez le choix entre le chômage ou l'un de ces foyers dits «occupationnels» où l'on vous fait enfiler des perles… Les CAT sont théoriquement réservés aux personnes atteintes d'un handicap grave, les familles sont très contentes de trouver un emploi dans un CAT, car c'est beaucoup mieux que l'un de ces foyers. Problème: on ne choisit pas. Les commissions départementales chargées d'évaluer votre handicap - les Cotorep - en décident. Et elles ne le font pas en vertu d'une échelle précise, mais en fonction de critères financiers et des places disponibles. S'il y a des places en CAT dans votre département, par exemple, on vous attribuera le taux de handicap qui permet d'aller travailler en CAT. C'est ainsi que l'on détermine, en France, le taux de handicap.
«1,5 million de handicapés ont renoncé à travailler»
C'est une accusation grave... Ces commissions vous font entrer dans des catégories qui vous ouvrent des droits, mais à la tête du client, et selon la politique du département. Les taux d'incapacité octroyés sont des seuils qui permettent l'enclenchement de la machine administrative. On ne mesure pas l'aptitude à l'emploi du candidat. On va lui donner tel ou tel taux pour le contraindre à aller qui dans ce foyer, qui dans ce CAT. Dans ces commissions siègent, notamment, les propriétaires de ces établissements. Le handicapé ne peut pas plaider son dossier, sauf exception. Vous affirmez qu'on sous-estime le nombre de travailleurs handicapés en se contentant des statistiques des Cotorep, censées regrouper les actifs déclarés et les demandeurs d'emploi. C'est une autre facette du voyage en Absurdie qu'a constitué mon enquête! D'un côté, on nous dit qu'il y a 4% de handicapés dans les entreprises, et qu'il devrait y en avoir 6%, et, de l'autre, on nous dit qu'en France ils sont au total, avec ou sans emploi, 730 000, c'est-à-dire 3% du nombre total des salariés français. Comment pourrait-on en avoir 4% dans les entreprises, comme il est clamé, et en espérer 6%? Selon mes calculs, il y a en fait 3 millions de handicapés en âge de travailler. Parmi eux, 730 000 sont déclarés par les Cotorep - dont 100 000 employés dans les CAT et 250 000 dans les entreprises normales. Par ailleurs, 750 000 personnes atteintes d'un handicap plus ou moins léger travaillent sans se faire reconnaître comme telles, pour des raisons personnelles. Et 1,5 million de handicapés ont renoncé à travailler: ils restent cloués chez eux ou dans des institutions. Certes, les plus atteints ne peuvent pas travailler. Mais ils sont moins nombreux qu'on ne le croit - regardez Stephen Hawking ou, naguère, Petrucciani. Question: s'est-on donné le mal de les aider à travailler? Vous affirmez que, collectivement, nous préférons payer plus cher pour ne pas voir les handicapés. L'argent public officiel pour le handicap, ce sont 24,5 milliards d'euros. Moi, j'ai reconstitué le coût réel du handicap, le vrai budget social. Il s'élève à 35 milliards au moins. La différence, c'est le prix que nous sommes disposés à payer pour les cacher derrière des murs. Tout cela dans une opacité complète. On ne peut pas, sauf exceptions notables, avoir accès aux comptes des associations qui gèrent totalement les établissements pour handicapés en France. Or leurs fonds - 8,7 milliards d'euros officiellement, en fait environ 15 milliards - sont publics à 97%. On assiste, j'insiste, à une privatisation des deniers publics par le biais de ces associations dites «de bienfaisance» dont, souvent, les pratiques ressemblent moins à une politique d'insertion qu'à une politique commerciale. Sans s'attarder sur quelques vrais scandales localisés, reprenons l'exemple général des CAT, gérés par des associations. Ils touchent environ 2 milliards d'euros de subventions officielles: on me dit qu'il s'agit de budgets de fonctionnement, c'est faux. Ces associations pleurnichent en voulant faire croire au public que ce sont les dons des particuliers et la vente de brioches qui sauvent les handicapés. En fait, il y a presque partout des subventions occultes des Ddass, des conseils généraux et des conseils régionaux, qui prennent en charge, ici, l'achat d'un terrain, là, la construction d'un bâtiment, bref des budgets d'investissement. Les CAT ont des millions en banque, de l'argent public détourné de son objet officiel. Ces établissements censés utiliser à des fins sociales un personnel à bas prix et des subventions publiques se lancent de plus en plus souvent dans des politiques commerciales agressives et font d'énormes bénéfices - 1 milliard de francs en 2001 - dont les handicapés eux-mêmes ne voient jamais la couleur. Ils font de la concurrence déloyale aux autres entreprises, qu'ils mettent parfois en difficulté: le marché du tire-bouchon en cep de vigne a ainsi été raflé par un CAT. Sans personnalité juridique ni comptabilité propre, ces centres ne sont pratiquement jamais contrôlés. Il faut en finir avec ces structures spéciales datant des années 1950. La solution? Il faut que, désormais, les handicapés travaillent sous le même régime que les gens valides. Au lieu de payer, très cher, la relégation des handicapés, nous ferions des économies et nous les aiderions à s'insérer dans notre société en leur versant directement l'argent dont ils ont besoin individuellement pour organiser leur vie.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-07 10:19:53
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Jeudi 7 novembre 2002
07 Novembre 2002 - SOCIETE
L'assassinat de Robert Boulin
Preuves et anomalies
Le 15 décembre 1987, l'Humanité apportait la démonstration médico-légale que le suicide solitaire de Robert Boulin était impossible. La preuve par les lividités cadavériques. Après la mort, le sang, qui ne circule plus, traverse les tissus et se dépose, sous l'effet de la pesanteur, sur les parties du corps au contact du sol. Ces hématomes forment les lividités cadavériques, précieuses pour l'enquête puisqu'elles déterminent la position du corps au moment du décès. Elles se fixent en quelques heures. Selon le rapport d'autopsie, les lividités cadavériques ont été constatées sur le dos du ministre. Or son cadavre a été retrouvé agenouillé et penché vers l'avant. La situation des lividités est en contradiction avec la position dans laquelle le corps a été retrouvé. Le cadavre a nécessairement été manipulé. " C'est imparable ", explique Fabienne Boulin-Burgeat, la fille du ministre.
Second fait. Le procès verbal nø 850 établi par les gendarmes de Montfort-Lamaury précise que " le corps de monsieur Boulin " est retrouvé dans l'étang du Rompu, en forêt de Rambouillet, " à cinq mètres de la berge, à un endroit où il y a 50 cm d'eau et 40 cm de vase ". Si le ministre a parcouru ces cinq mètres dans l'eau et la vase avant de s'écrouler, comment expliquer que le bas de son pantalon et ses mocassins n'aient pas été souillés par la fange, comme l'attestent les photos prises au moment où son corps est sorti de l'eau ? Invraisemblable.
Troisième élément. Les docteurs Deponge et Bailly, qui effectuent l'autopsie du ministre à l'Institut médico-légal de Paris, signalent dans leur rapport que, " conformément aux directives de monsieur le procureur de la République ", ils n'ont pas procédé à l'autopsie du crâne. Pourquoi cette entrave judiciaire au bon déroulement de l'autopsie ? Le ministre a le visage tuméfié et une contre-autopsie pratiquée trois ans plus tard décèlera deux fractures de la face (nez et pommette droite).
Quatrième élément. Il était facile d'établir formellement la noyade, en analysant l'eau de l'étang forcément inhalée par la victime. L'analyse des poumons n'a pas été faite immédiatement. Mais, les viscères ayant été prélevés au cours de l'autopsie, elle restait possible à tout moment. Or, en 1987, les flacons contenant les poumons ont été volés dans un réfrigérateur dont le cadenas a été fracturé à l'Institut médico-légal. Cette destruction de scellés juridiques, un crime selon le Code pénal, n'a jamais été sanctionnée.
Cinquième fait. Les échantillons de sang qui auraient permis une contre-expertise à propos des barbituriques (du Valium) absorbés le ministre ont eux aussi été volés, toujours à l'Institut médico-légal de Paris.
On pourrait poursuivre l'énumération. Dans l'instruction ouverte après la mort de Robert Boulin, on dénombre plus de quarante anomalies ou invraisemblances. Le complément d'information décidé par le parquet général de Paris offre à la justice une chance de se ressaisir, après vingt-trois années d'acharnement souvent ubuesques pour accréditer le suicide. Il restera à expliquer pourquoi Robert Boulin était devenu si gênant qu'il a été supprimé. Personne n'ignorait l'aversion réciproque que se vouaient Robert Boulin et Jacques Chirac, président du RPR. Le premier, proche de Chaban-Delmas, n'avait jamais pardonné la " trahison " du second lors de la présidentielle de 1974. Chirac n'avait-il pas, en se ralliant à Giscard d'Estaing, sabordé la candidature de Chaban ? Robert Boulin, recordman de la durée ministérielle, avait refusé de participer au gouvernement chiraquien de 1974 à 1976. Il était redevenu ministre dès que Jacques Chirac avait quitté Matignon. En 1979, au moment de sa mort, d'insistantes rumeurs le désignaient comme le successeur de Raymond Barre, premier ministre en perte de vitesse. Robert Boulin, gaulliste " historique ", premier ministre de Giscard ? Deux ans avant la présidentielle de 1981, c'était une hypothèse que le RPR ne pouvait accepter sereinement. N'est-ce pas la raison pour laquelle des journalistes ont reçu des " tuyaux " sur une pseudo-affaire immobilière à Ramatuelle (Var), visant à discréditer le gêneur ? Robert Boulin ne cache pas à ses proches qu'il se sait victime d'une cabale orchestrée par le RPR. Va-t-il se laisser détruire, lui qui, dans sa carrière ministérielle, a occupé de nombreux postes clés (le Budget, l'Economie et les Finances, la Santé, la Sécurité sociale) ? Il connaît toutes les affaires sensibles de la Ve République. Le lundi 29 octobre 1979, à 15 h 10, il sort du coffre de son ministère un certain nombre de dossiers. Il les dépose chez lui, 32, boulevard Maillot, à Neuilly. Parmi eux, un dossier Elf. Son épouse Colette le voit sur le seuil de la porte. Il porte son index devant ses lèvres : " Chut ! J'ai un rendez-vous, ne t'inquiète pas. " Il repart au volant de sa Peugeot 306. Allait-il négocier avec ses ennemis intimes l'arrêt de la campagne calomnieuse qui le visait ? Le lendemain, on retrouvait son cadavre. Et les dossiers avaient disparu du domicile du ministre assassiné. Le parquet général de Paris et la police judiciaire auront-ils le courage d'aller au bout de ce mystère ?
Serge Garde
par ericjeanloicbreton le 2002-11-07 09:35:04
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Jeudi 7 novembre 2002
7 novembre 2002
 La nouvelle Commission nationale de débat public (CNDP) sera installée ce jeudi
Tokia Saïfi, secrétaire d'Etat au Développement durable, installera ce jeudi la nouvelle Commission nationale de débat public (CNDP). L'information et la participation de la société civile à la décision « sont en effet au coeur de la démarche du développement durable », précise un communiqué de la secrétaire d’Etat. Créée par la loi de 1995 relative à la protection de l'environnement (dite loi « Barnier »), la CNDP était chargée d'associer, de manière facultative, les acteurs intéressés de la société civile sur les grands projets nationaux d'infrastructures. Elle a été réformée par la loi de février 2002 relative à la démocratie de proximité. Dans une communication au Conseil des ministres, le 23 octobre dernier, Tokia Saïfi a « exprimé sa volonté de renforcer et d'étendre la participation de la population au processus d'élaboration des projets d'aménagement et d'équipement et de traduire en action la politique de développement durable. » Erigée en autorité administrative indépendante, la CNDP sera compétente sur des projets plus nombreux ; la saisine sera obligatoire dans certains cas et ouverte aux collectivités locales et aux associations ; les compte-rendus des débats seront rendus publics. Composée de 21 membres nommés pour 5 ans (élus, magistrats, personnes qualifiées, représentants du milieu associatif, de consommateurs et d'usagers), la CNDP sera présidée par Yves Mansillon et deux vice-présidents, Georges Mercadal et Philippe Marzolf. La mise en place de la nouvelle CNDP avec une première séance de travail dès ce jeudi 7 novembre va permettre de poursuivre le débat sur certains dossiers restés en attente : l'aéroport Notre-Dame-des-Landes en Loire Atlantique, le barrage de Charlas en Haute-Garonne, la ligne à très haute tension entre Lyon et Chambéry, etc.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-07 08:20:11
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Mercredi 6 novembre 2002
"L'enseignement du fait religieux" Allocution de Monsieur Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire Lors du séminaire national "L'enseignement du fait religieux" mardi 5 novembre 2002 |
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux d'ouvrir ces trois journées d'études et de débats consacrées à " l'enseignement du fait religieux ".
Je voudrais d'abord saluer les éminentes personnalités réunies ce matin. En premier lieu, naturellement, Monsieur Régis DEBRAY qui, voici près d'un an, s'est vu confier la mission de procéder à un réexamen de la place dévolue à l'enseignement du fait religieux dans l'Ecole laïque et a clairement mis en évidence la nécessité de développer celle-ci ; Monsieur Jean BAUBEROT, président de l'Ecole pratique des Hautes Etudes et Monsieur Claude LANGLOIS, président de la section des sciences religieuses de cette école, qui ont accepté d'apporter le concours d'une institution prestigieuse à l'enseignement primaire et secondaire ; les nombreux universitaires et chercheurs de renom qui ont bien voulu éclaircir et enrichir notre réflexion.
Je tiens également à saluer Madame la Doyenne de l'Inspection générale de l'éducation nationale, les représentants des divers groupes de discipline de l'Inspection générale ainsi que l'ensemble des cadres pédagogiques rassemblés ici : membres des corps d'inspection du premier degré, de l'enseignement professionnel, de l'enseignement secondaire général et technologique, professeurs formateurs chargés de la formation initiale ou continue, représentants des IUFM. Mesdames et Messieurs, vous serez amenés à votre tour à prodiguer, si j'ose dire, la bonne parole au sein des académies, au terme de ces trois journées qui s'inscrivent au sein du programme national de pilotage mis en œuvre par la direction de l'enseignement scolaire.
Comme vous le savez, le séminaire qui nous réunit est la concrétisation d'une des recommandations du rapport remis par Régis DEBRAY. Celui-ci souhaitait que puissent être réunis d'un côté un groupe de chercheurs réputés rassemblés autour de la 5ème section de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, de l'autre des inspecteurs pédagogiques et des professeurs-formateurs représentant chaque académie - et ce dans une optique délibérément pluridisciplinaire. C'est donc aujourd'hui chose faite.
Alors que, jusqu'à présent, les problèmes que peut poser l'enseignement du fait religieux étaient principalement présentés dans une perspective historique et géographique, ils doivent, désormais, concerner davantage les littéraires, les philosophes, les professeurs d'enseignement artistiques ou de langues vivantes, qui ont des réponses spécifiques à leur apporter. Cette dimension pluridisciplinaire est évidemment essentielle, car elle peut notamment permettre une approche plus complète et plus transversale du fait religieux, à travers les dispositifs interdisciplinaires mis en place au collège et au lycée (TPE par exemple).
Sur l'ensemble de ce sujet, ces trois journées doivent d'abord nous permettre de faire le point. C'est ainsi que Régis DEBRAY en rappellera les définitions et les problèmes, que Claude LANGLOIS le situera par rapport à l'histoire de la place des sciences religieuses en France et que l'Inspection générale dressera un bilan pédagogique. Elles doivent aussi et surtout, grâce aux apports des spécialistes, nous aider à délimiter les acquis et à dessiner l'avenir.
S'agissant des finalités de l'enseignement du fait religieux, je crois que, depuis les premières interrogations sur ce sujet, à la fin des années 1980, un réel consensus s'est peu à peu établi. Le rapport de Philippe JOUTARD sur l'enseignement de l'histoire, en 1989, a clairement mis en évidence le déficit culturel né de l'ignorance des faits qui relèvent du religieux. Si ce déficit n'était pas comblé, il entraînerait une perte grandissante des codes de reconnaissance qui risquerait à terme d'affecter des pans entiers du savoir. Nous en avons tous conscience ici : sans disposer des clés nécessaires, comment comprendre Phèdre ou Don Juan, les grandes pyramides d'Egypte, Sainte Sophie d'Istanbul ou une Vierge de Boticelli, comment percevoir le sens d'une cathédrale, d'une mosquée ou d'une synagogue, comment maintenir vivante et vivace une part essentielle de l'héritage que nous ont transmis les civilisations du Livre ? Lors de la consultation de 1998, les lycéens eux-mêmes ont émis le vœu de recevoir un enseignement qui leur permette de mieux s'approprier le monde qui était là avant eux et dans lequel ils traceront leur chemin.
Face à ces demandes, la politique du Ministère a été constante, indépendante même des différents changements politiques. Cette politique, affinée lors de nombreux débats auxquels des partenaires très divers ont participé, repose sur quelques principes simples : - le refus constant de créer un enseignement spécifique concernant les religions, - l'inscription naturelle dans les enseignements existants.
Ceci a été accompli, au milieu des années 1990, en histoire et en géographie. L'étape marquée par notre rencontre d'aujourd'hui n'est donc pas un changement de politique mais un approfondissement.
Essayons d'en cerner les contours : considérer le fait religieux pour les disciplines représentées ici, ce n'est pas introduire une catégorie nouvelle, c'est veiller à prendre en compte l'ensemble du champ scientifique : de même que l'histoire aborde naturellement des faits religieux pour comprendre les sociétés passées, que la géographie étudie les marques du religieux dans les territoires d'aujourd'hui, le professeur de lettres peut analyser l'éventuelle spécificité des textes dont la nature est religieuse, commenter Voltaire aussi bien que Pascal, le professeur d'anglais expliquer pourquoi le nom de dieu figure sur le billet vert, quels sont les rapports entre la couronne britannique et l'Eglise anglicane…La démarche pour l'enseignement artistique et la philosophie va de soi. Comment parler de métaphysique sans référence au fait religieux ?
En résumé, l'ensemble de ces finalités me paraissent pouvoir être réunies autour de trois grands axes :
Enseigner le fait religieux, c'est reconnaître un langage spécifique, qui permet de le nommer et d'en déchiffrer des signes. Comprendre, en somme une des manières de dire le monde.
Enseigner le fait religieux, c'est permettre aux jeunes l'accès à d'innombrables chefs d'œuvre du patrimoine de l'humanité.
Enseigner le fait religieux, c'est rendre les élèves capables de comprendre le rôle que le religieux joue dans le monde contemporain.
Comment y parvenir ? Il va de soi que la démarche est totalement laïque, comme vient de le rappeler fortement le Président de la République. Enseigner le fait religieux, ce n'est pas - est-il besoin de le souligner ? - s'immiscer dans la conscience de chacun. Ce n'est pas, pour reprendre une expression de Régis DEBRAY, " remettre Dieu à l'école ".
La démarche est descriptive, compréhensive, mais elle reste critique et raisonnée. Enseigner le fait religieux, c'est, comme pour tout enseignement, s'appuyer sur les valeurs les plus fondamentales de notre Ecole républicaine.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je tenais à dire brièvement ce matin. Je laisse maintenant à la libre réflexion des participants la tâche de mieux définir les voies et les moyens. Vous avez voulu, ainsi que l'indiquent les titres sous lesquels sont regroupés les différents ateliers, que cette rencontre puisse partir des textes et partir des œuvres, c'est je crois, la bonne démarche, une démarche fondée sur une approche rigoureusement patrimoniale.
Indépendamment des conclusions de vos travaux, auxquels je serai naturellement extrêmement attentif, il me paraît nécessaire que l'inspection générale puisse préciser la mise en œuvre et que les IUFM en tiennent compte dans les plans de formation des enseignants. Il est en effet essentiel que tous les professeurs concernés soient accompagnés et soutenus dans l'accomplissement de ce qui demeure, sans aucun doute, une de leurs missions les plus délicates. C'est votre responsabilité de cadres et de formateurs.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-06 10:56:56
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Mardi 5 novembre 2002

• LE MONDE | 05.11.02 | 11h57Elèves et anciens Gadz'arts font régner la loi du bizutage
Cluny (Saône-et-Loire) de notre envoyé spécial
Par une porte entrouverte et solidement gardée, on n'aperçoit qu'une centaine d'élèves en blouse grise, assis par terre, qui se lèvent d'un geste de la main et se mettent en rang par deux le long d'un mur. En silence. Trois fois par jour et dès 6 h 30, les 140 étudiants de la dernière promotion de l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers (Ensam) de Cluny (Saône-et-Loire) sont rassemblés par leurs aînés de deuxième année pour apprendre les "valeurs" et les "traditions" des gadz'arts, leurs "vénérables anciens". Cet enseignement marqué par la contrainte, la privation de sommeil, les marches au pas cadencé et les déplacements en rasant les murs et les hurlements sur les jeunes "conscrits" doit s'achever le 17 novembre, par un baptême.
Dans cette école au passé militaire, la loi du 17 juin 1998 sur le bizutage n'a semble-t-il pas changé grand-chose aux techniques d'intégration coercitives que les élèves ingénieurs appliquent depuis cent cinquante ans. Parmi les sept établissements de l'Ensam, le centre de Cluny a déjà dû fermer à deux reprises, en 1995 et en 1997, à la suite des dérives constatées dans la pratique de l'"usinage", cette période de transmission des traditions (PTT).
Après deux ans de négociations infructueuses pour adoucir le "climat de contraintes et de pressions psychologiques", le nouveau directeur de l'école, Jean-Luc Delpeuch, a pris la décision, à la fin septembre, d'exclure dix jours deux responsables du Comité de traditions. Une déclaration de guerre pour les 2e année, qui ont aussitôt boycotté les cours. La riposte a eu lieu le 11 octobre dans les petites rues de Cluny (5 0 00 habitants) : avec l'appui de la Société des anciens, un millier de gadz'arts venus de toute la France ont défilé en file indienne, en tapant du pied et en chantant des textes appris parfois plus de trente ans auparavant. Cette démonstration s'adressait directement à la direction de l'école, accusée dans des dizaines de messages hostiles sur Internet de vouloir "l'abolition des traditions gadzariques".
"UNE ÉLITE DE MANAGERS"
Pour ces élèves, toucher aux "trad's", c'est remettre en cause les "deux siècles d'histoire"qui n'ont "rien à voir"avec le bizutage, assure Simon Moller-Camus, le président de l'Association des élèves. "Notre but, c'est de sensibiliser les conscrits à nos valeurs de fraternité et de solidarité, à travers certaines activités folkloriques et solennelles. On a envie que les élèves gardent un souvenir fort de ce qu'ils ont vécu ici."Parmi les plus vieux, Sylvain, 24 ans, avoue qu'il a choisi d'intégrer l'Ensam "juste pour ça", pour cette "expérience qui forme une élite de managers avec un peu de poigne".
La PTT se prépare un an à l'avance, dure deux mois et commence par une cérémonie au cours de laquelle les nouveaux élèves sont réveillés en pleine nuit pour prêter serment et se faire remettre leur blouse et leur "carnet de trad's".
Cet "apprentissage" est ponctué de manifestations, dont les plus spectaculaires sont filmées : des élèves éméchés se défoulent à la fin de leur usinage sur une voiture, dans la cour centrale de l'école. Le véhicule est ensuite incendié sous l'œil éberlué des touristes. "C'est un simulacre de bataille au cours duquel les 2e année invitent les conscrits à se défouler sur eux, explique Rémy Marchal, un professeur à l'initiative d'un Collectif contre le sectarisme. Ils se font insulter, ça devient l'hystérie."
Pour les professeurs, le premier effet de la PTT est l'absentéisme : "Hier, sur 70 élèves, 24 étaient absents parce qu'ils dormaient", peste un enseignant qui préfère garder l'anonymat. Le conscrit passe en effet tout son temps libre à apprendre des chants, à réfléchir au sens des humiliations et à boire parfois jusqu'au petit matin. Sa conduite est guidée par une série minutieuse d'interdits, comme celui de pénétrer dans certains lieux. "Ça les prépare à l'entreprise, au stress, aux problèmes de gestion d'équipe, assure Aurélie, en 3e année. La PTT nous a apporté une cohésion et un esprit de groupe qu'on ne trouve nulle part ailleurs."
La plupart des 1re année se soumettent afin de ne pas être exclus du groupe. Ceux qui refusent la PTT sont en effet placés hors usinage (HU). Ils ne peuvent adhérer à l'association des élèves qui gère de nombreuses activités, ne sont pas "baptisés", et donc pas considérés comme des gadz'arts. Sur l'annuaire des anciens, longtemps primordial pour trouver un emploi, le nom des ingénieurs HU est écrit en italique.
Deux rapports d'inspection, en 1995 et en 1999, se sont alarmés de la persistance de ces pratiques "qui empoisonnent durablement l'atmosphère et peuvent porter atteinte à l'image de l'école". C'est ainsi que la direction tente depuis trois ans de négocier une évolution des statuts de l'association où la PTT ne serait plus obligatoire. Elle se heurte à une opposition catégorique des élèves et de leur Société des anciens. "Tout repose sur un volontariat parfaitement respectable, assure Denis Rapenne, le président de la Société des anciens, qui rassemble 27 000 ingénieurs dans le monde, dont 18 000 actifs. Si les élèves considèrent que ce n'est pas leur truc, personne ne les oblige. Mais comme dans toutes les associations, si vous ne voulez pas participer, vous vous excluez vous-même." Le frein au changement est d'autant plus fort que les anciens n'hésitent pas à menacer la direction de ne plus verser de taxe d'apprentissage si les traditions sont amputées.
Alexandre Garcia
"Une préoccupation majeure" pour Luc Ferry
Le Comité national contre le bizutage (CNCB), fondé en juin 1997 et composé d'élèves, de parents et de représentants de syndicats de l'enseignement, a été reçu lundi 4 novembre par Claude Capelier, chargé de mission auprès du ministre de l'éducation nationale, qui a assuré que la question du bizutage constituait pour Luc Ferry "une préoccupation majeure". Il a souligné l'importance "de travailler en amont pour sensibiliser les élèves", par exemple grâce à la diffusion de dépliants, avant la prochaine rentrée scolaire. M. Capelier souhaite que l'énergie dépensée dans le bizutage soit réinvestie dans des démarches responsables et autonomes.
Le chargé de mission a fait part de la nécessité d'une réunion interministérielle et rappelé que la question du bizutage concernait aussi le ministère de la justice. Depuis la loi du 17 juin 1998, selon lui, une seule condamnation pour bizutage a été prononcée : sept élèves de l'Ecole nationale d'ingénieurs de Brest ont été condamnés, en décembre 1998, à quinze jours de prison avec sursis et à une amende de 1 000 francs (152,40 euros). • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.11.02
• LE MONDE | 05.11.02 | 11h57
Témoignage "C'est une secte non avouée : on doit avoir un rite initiatique pour accéder à certaines choses"
Médéric Cartier, 24 ans, achève sa scolarité à l'Ecole nationale supérieure des arts et métiers (Ensam) de Cluny (Saône-et-Loire), où il s'est spécialisé dans la fabrication de planches de surf et de ponts en bois. Il est l'un des rares à avoir été placé "HP" (hors promotion) par ses condisciples, pour avoir dénoncé l'usinage, dans une lettre diffusée en novembre 2001 sur le forum de discussion des élèves. Trois ans plus tôt, cet adepte du skate-board et du piercing s'était pourtant plié aux "pratiques de dressage régressives, contraignantes et avilissantes" qui ont fait de lui un vrai Gadz'art, à la différence des "HU", les élèves déclarés "hors usinage" pour avoir refusé de s'y soumettre. Bien avant d'en dénoncer les excès, Médéric avait consigné ses impressions dans un journal intime dont Le Monde publie des extraits.
21 septembre 1999.
Le lendemain, on m'arrête à la sortie du réfectoire, ainsi que tous ceux qui n'ont pas eu l'insigne honneur d'être réveillés par nos vénérables anciens. On nous apprend qu'on a fait une connerie, mais qu'on a toujours le choix de participer ou non à la période de transmission des traditions (PTT). On accepte. Le chef de traditions (CT) nous dit de bien le regarder car c'est pour la dernière fois. Il ne faut jamais regarder les cinq membres du Comité de traditions. (...) Des anciens nous font mettre en file indienne le long des murs. (...) Nous n'avons soi-disant pas le droit de parler. Mais j'apprends qu'il faut écrire son nom, son prénom et sa famille, ainsi que le numéro de la famille, au dos de sa biaude, à la craie blanche. J'apprends qu'un conscrit doit faire écrire un Ancien sur sa cigarette s'il veut fumer.
23 septembre.
On a rendez-vous à 7 h 15, avec des chaussures noires qui brillent et qui claquent. On est en file indienne le long des murs, sans bouger ni parler, quand les Anciens entrent nous expliquer comment on forme le "monôme": le bras droit tendu posé sur l'épaule droite de celui de devant, le bras gauche tendu immobile le long du corps, le pied gauche tape la phrase et le pied droit glisse sur le sol. (...) A 18 h 30, une fois les cours finis, on se retrouve en "sec's" (salle d'éducation des conscrits) où, comme d'habitude, on se fait engueuler.
25 septembre.
On chante beaucoup, on fait beaucoup de "fratern's" (manière de trinquer en se croisant les coudes), il y a une ambiance de fête vraiment formidable. Quelques-uns étaient "plac's" (bourrés), d'autres raides morts, certains ont vomi.
27 septembre.
Deux élèves ont craqué ce matin. Je crois que tout le monde prend la PTT au sérieux sauf quelques-uns. La majorité n'a pas compris que l'on n'était pas au goulag (quoique...) et qu'on n'allait pas se faire fusiller. On se rend en sec's en rasant les murs. A nouveau, c'est le silence. : "Y'en a qui ne sont pas venus en sec's, y'en a qui craquent... Faudrait vous tuy'ser (renseigner) sur vos ch'tis cop's qui vont pas bien, y'en a qui vous "chient à l'c's" (qui vous emmerdent). On en a marre de vous faire la police." Puis ils sautent de la table sur laquelle ils étaient et sortent en claquant violemment les portes. Devant la pression croissante, je n'ai pas le choix, je vais me mettre HU. Ce que je trouve idiot, c'est qu'on ne nous laisse pas travailler, alors qu'on en a envie. On ne nous laisse pas de temps.
28 septembre.
En fait, maintenant, c'est juste stress et pression. Le fait que je prenne ça à la rigolade ne plaît pas du tout aux autres. On est allé en sec's. Comme d'habitude, on nous gueule beaucoup dessus. On a appris qu'il y en avait un qui a voulu téléphoner à SOS bizutage. (...) Nous sommes tous des lâches. Je veux être Gadz'arts car c'est mal de ne pas être Gadz'arts. J'ai déjà été prêt à me mettre HU. Il y en a d'autres dans mon cas. Ils ne participent pas, ils subissent l'usinage à cause de la réputation qu'ont les HU. Pour eux, c'est beaucoup plus difficile de trouver du boulot, de s'intégrer à la vie de l'école.
7 octobre.
On a une nouvelle chanson à apprendre, La Décale, pour demander l'autorisation de sortir le week-end (...) On n'a vraiment pas de temps pour nous.
9 octobre.
(...) Je pense que les Gadz'arts, c'est une secte non avouée : on doit avoir un rite initiatique pour avoir le droit d'accéder à certaines choses... comme si le concours ne suffisait pas. Les autres ne se rendent même pas compte qu'ils sont en train de se faire endoctriner. Moi, cela ne me dérange pas particulièrement, sauf quand ça touche à ma vie privée... Enfin, faut dire que je n'ai plus de vie privée.
8 novembre.
Les anciens ont choisi cinq personnes parmi nous, les plus motivées par l'usinage. Ils leur ont expliqué que la "strass" (l'administration) les empêchait de continuer. Comme c'est pas terminé, il faut donc qu'on s'auto-usine ! Ils nous ont fouettés pendant cinq semaines et maintenant faut qu'on se fouette tout seuls !
13 novembre 1999.
Les Anciens ont coupé leurs cheveux de manière farfelue. (...) On les a vus fracasser une pauvre 2 CV dans la cour de l'abbaye. Tout le monde l'a compris. Ils voulaient juste nous montrer qu'il n'y avait que l'autorité qui marchait. • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.11.02
par ericjeanloicbreton le 2002-11-05 09:46:58
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Lundi 4 novembre 2002
DISCOURS DE DOMINIQUE PERBEN, GARDE DES SCEAUX

LUNDI 4 NOVEMBRE 2002 |
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie, Monsieur le Président de m'avoir invité à m'exprimer à l'occasion de vos journées d'étude consacrées aux jeunes dans la République. Vous avez dans vos propos, retracé le cadre profondément humaniste de l'action de votre fédération et de celles de vos adhérents en matière de protection des plus faibles, jeunes, personnes handicapées. Le thème de vos journées d'études , " Les Jeunes dans la République " atteste si besoin est de cette vocation. Je dirai en écho que l'action de la justice, la mienne à la tête de ce ministère depuis six mois s'inscrit dans cette même perspective, qui place l'écoute, la protection et le respect des plus vulnérables au premier rang des valeurs et des principes qui fondent la République.
Poser la question des jeunes dans la République, c'est se demander : comment mieux vivre ensemble dans notre société ? A cette question, je répondrai que ce défi pour le travail social, dont vous examinerez au cours de ces deux journées, les multiples facettes, est aussi, je dois le dire, un défi pour la justice.
Notre capacité à relever collectivement ce défi repose sur la nécessité d'assurer à tous l'égalité des chances qui est la première promesse de la République. Elle repose aussi sur le respect de la loi et des règles sans lesquelles il n'est pas de vie en société.
L'égalité des chances, c'est le fondement des principes qui guident notre action. L'article premier de notre Constitution proclame cette raison d'être de la République : assurer l'égalité des citoyens, sans distinction de race, d'origine ou de religion. Les jeunes ont montré qu'ils s'engagent volontiers pour lutter pour l'égalité et ces maux qui rongent nos sociétés : l'intolérance et l'exclusion.
A Troyes, le 12 octobre dernier, puis à Bordeaux, lundi dernier, le Président de la République a rappelé qu'on ne peut tolérer ces manifestations d'intolérance, ces discriminations, qui minent la République.
En tant que Garde des Sceaux, je tiens à agir pour que la justice demeure la gardienne des promesses de la République.
L'égalité des chances passe aussi naturellement par l'éducation et par l'emploi. Le Gouvernement agit dans ces domaines. Le contrat d'insertion dans la vie sociale, qui sera bientôt créé, permettra aux jeunes entre 16 et 25 ans de s'engager dans une activité d'insertion, dans la création d'une entreprise, dans une action associative ou humanitaire. Vous le savez, l'aide que l'on peut donner à une jeune, pour lui mettre " le pied à l'étrier ", à un moment essentiel de son parcours, est souvent déterminante.
L'égalité des chances, en République, c'est le respect des droits et des libertés de chacun.
Mais vivre en République, c'est aussi prendre conscience du nécessaire équilibre entre le respect de ces droits et d'un certain nombre de devoirs et d'obligations que chacun doit assumer, dans une société juste et libre. Le premier de ces devoirs est le respect de la loi. C'est ici qu'intervient, en première ligne, la justice et tous ceux, dont vous êtes, qui concourent à son action.
Comme l'a rappelé le Président de la République lundi dernier à Bordeaux, en s'adressant au congrès des conseils d'enfants et de jeunes, la loi n'est pas d'abord une contrainte : " elle garantit la liberté contre la force et protège toutes celles et tous ceux qui en ont besoin, et, en premier lieu, les plus faibles, les plus vulnérables (…). Elle est, en réalité, le meilleur rempart contre la raison du plus fort ".
C'est pourquoi, vous le savez, le Gouvernement a mené, dès son installation, une action déterminée pour répondre à toutes les formes de violence qui menacent la tranquillité et l'exercice des droits et des libertés individuelles. Il n'y a pas de pacte républicain sans sûreté.
C'est la première mission de la justice, à l'égard des jeunes, qui sont, faut-il le rappeler, les premières victimes de la violence de certains d'entre eux.
La politique à l'égard des jeunes est vous le savez, une dimension importante de l'action du gouvernement sous l'impulsion du président de la République. L'inquiétude manifestée par nos concitoyens à l'occasion des consultations électorales du printemps dernier a été largement induite par une forte progression de la délinquance des mineurs et par le sentiment d'une certaine incapacité de la société à la juguler et à la prévenir. A cette inquiétude, notre devoir est de répondre de manière équilibrée, dans la fermeté et le respect des principes humanistes qui fondent un état de droit.
En effet, le premier devoir de la société est d'assurer l'insertion de tous ses membres, et notamment des jeunes, êtres en devenir, dont l'équilibre parfois vacille, et qu'il nous appartient ainsi de rétablir.
La justice des mineurs n'a ainsi pas d'autre vocation que de veiller à l'éducation, se substituant à ceux dont c'est la mission ou complétant leur intervention. Opposer sanction et éducation comme on l'a trop souvent fait par le passé n'a pas de sens : la loi possède par essence une vertu pédagogique, en exprimant les valeurs fondamentales que la société se donne. La sanction qui est la mise en œuvre de la loi rappelle le sens des valeurs à ceux qui les transgressent et surtout les aident à les respecter à l'avenir.
La justice des mineurs repose sur un texte fondateur, l'ordonnance du 2 Février 1945. Ce texte vivant, réformé à 33 reprises demeure plus que jamais dominé par les principes de spécialisation, de gradation de la responsabilité et de primauté de la finalité éducative. Il m'appartient en tant que Garde des Sceaux, de veiller à l'amélioration de l'efficacité d'une justice spécialisée et éducative et qui doit le demeurer. J'y veillerai à la faveur de moyens, de règles juridiques et de méthodes nouveaux :
- en ce qui concerne les moyens, la loi d'orientation et de programmation pour la Justice a fait de la politique judiciaire à l'égard des mineurs l'une de ses priorités : 1250 emplois créés au profit de la protection judiciaire de la jeunesse pour augmenter de 20% les effectifs de cette direction. Dès 2003, 314 emplois d'éducateurs seront crées pour faire face aux besoins de prise en charge et de mise à exécution des décisions de justice et notamment en milieu ouvert, outre l'achèvement du dispositif d'hébergement renforcé et l'activation du plan d'action en faveur des centres éducatifs fermés.
Au sein des 950 emplois de magistrats crées sur la période de la loi de programmation, un nombre très significatif concernera la justice des mineurs et donc la mise en œuvre effective du principe de spécialisation : en 2003, l'effectif de juges des enfants sera augmenté de 20%, de même que les sections spécialisées des parquets seront renforcées pour assurer un meilleur suivi des procédures et une plus grande effectivité des politiques pénales.
Ces moyens très importants correspondent aussi et surtout à la nécessité de veiller à l'effectivité et à la rapidité de l'exécution des décisions des juridictions des mineurs qui est l'une des conditions de la prévention de la réitération sera recherchée. Outre les moyens le comité de suivi de l'exécution des peines, prochainement installé à la Chancellerie devra me faire rapidement des propositions en la matière.
- en ce qui concerne les méthodes : l'allocation de moyens supplémentaires ne serait d'aucune utilité si nous ne savions pas dans le même temps faire évoluer le concept éducatif sous mandat judiciaire. Les moyens nouveaux, c'est à dire l'effort de la Nation, doivent aussi et surtout faire progresser l'éducation des mineurs là même ou elle n'est pas assez présente, c'est à dire la prison. Les quartiers mineurs des maisons d'arrêt, dont le fonctionnement suscite en effet un sentiment de très grande insatisfaction, verront ainsi prochainement les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse être présents, de manière à assurer une véritable prise en charge permanente en détention, et à préparer la sortie des mineurs et leur insertion en assurant la continuité de la prise en charge avec le milieu ouvert. Un plan d'urgence concernant 10 quartiers mineurs sera prochainement activé.
L'évolution de la prise en charge éducative concerne aussi et surtout l'hébergement éducatif des mineurs délinquants. La démonstration a été faite de l'insuffisante cohérence d'ensemble de la chaîne qui comprend des foyers d'action éducative, des hébergements renforcés ( CPI et CER ) avant le cas échéant la détention. Entre les CER et la détention, il est constaté l'absence d'un maillon intermédiaire, que sont précisément les centres éducatifs fermés crées par le législateur et dont la définition législative constitue une garantie incontestable. Le placement, sous contrôle judiciaire ou dans le cadre du sursis avec mise à l'épreuve, sur appréciation du juge, au terme d'une procédure de débat contradictoire, est ainsi placé dans un cadre respectueux des droits du mineur.
Les centres éducatifs fermés sont ainsi un concept moderne et rigoureux dont je voudrais ici souligner les principales caractéristiques et la cohérence d'ensemble :
-l'identification d'un module d'accueil et d'observation des mineurs placés ;
-l'existence d'un véritable suivi médical, et psychologique intégré ;
-la priorité donnée dans le projet éducatif à l'insertion scolaire et professionnelle comme moyen de prévenir la réitération ;
-la préparation de la sortie et la continuité de la prise en charge éducative à l'issue du passage en CEF.
Le régime juridique des centres éducatifs fermés sera très rigoureux : je rappelle à cet égard que la violation des conditions du placement décidées par le juge des enfants pourra entraîner le placement en détention. La contrainte juridique, à l'appréciation du juge, est donc forte. Je crois toutefois que cette contrainte par le droit est éducative et permet une meilleure compréhension des règles du placement.
Les moyens importants qui sont consacrés à ce nouveau concept éducatif, et de manière plus générale aux mineurs sous mandat judiciaire n'est au fond que le reflet de nos attentes, prévenir la délinquance en agissant sur ses causes profondes.
Au plan méthodologique, les centres éducatifs fermés seront développés, non de manière autoritaire ou doctrinaire, mais sur le mode de l'expérimentation : trois centres expérimentaux, de statut associatif sont en cours de création. A partir de ces premières expériences, nous pourrons, en tirant les enseignements utiles, adapter un concept, qui ne saurait à aucun égard être unique ou uniforme. Pas plus dans ce domaine que dans d'autres, je ne crois à la pertinence d'un modèle unique et figé. La personnalité des mineurs placés, les catégories d'âge, leur profil en terme d'insertion, leur niveau scolaire, rendent en effet indispensable une souplesse et une mutabilité des prises en charge au sein des centres éducatifs fermés. Très prochainement, au début de l'année 2003, trois centres de statut public seront crées, de nombreux projets étant en cours d'étude et de finalisation.
Sur le fond, je souhaite souligner la rigueur et le caractère complet de cette prise en charge éducative nouvelle, issus d'une réflexion très féconde avec l'UNASEA dans le cadre du comité de pilotage et de la rédaction du cahier des charges expérimental mis en place depuis l'Eté. Je salue ici votre engagement et ceux de vos adhérents aux côtés de l'Etat, et qui témoigne de la nécessaire complémentarité du service public de la protection judiciaire de la jeunesse.
Parallèlement vont être crées dans les cinq années, selon un modèle européen dont j'ai pu avec Pierre Bédier apprécier la pertinence au cours de déplacements en Belgique et au Royaume-Uni notamment, 10 ( ou 7 ) établissements pénitentiaires spécialisés pour mineurs : d'une capacité unitaire de 40 à 60 places, ces unités, géographiquement et fonctionnellement distinctes des établissements pour majeurs seront entièrement consacrées à la prise en charge éducative et à l'insertion professionnelle en détention.
L'action que je conduis à cet égard avec Pierre Bédier permettra une évolution sans précédent de la condition pénitentiaire des mineurs, dans une perspective entièrement orientée vers leur avenir et leur insertion au sein de la société.
L'éducation doit également progresser au sein de la prise en charge du milieu ouvert : la prise en charge éducative classique, assez peu différenciée selon les mineurs et selon la nature civile ou pénale doit évoluer, dans un sens qui doit notamment mieux intégrer la question du passage à l'acte délinquant. Le concept éducatif doit être plus divers dans ses modalités et sans doute tirer les leçons des expériences conduites en France et au sein de pays étrangers. Pour conduire cette réflexion, j'ai décidé la mise en place d'un groupe de travail associant des parlementaires et des spécialistes de l'Education. Je souhaite que le milieu associatif soit naturellement présent dans cette réflexion. Je suis heureux, Monsieur le Président que vous vouliez bien en accepter le principe.
Je souhaite que les réflexions et les propositions qui en découleront au printemps de l'année 2003 puissent faire évoluer textes et pratiques pour une plus grande efficacité de la pris en charge éducative.
- au plan juridique : à l'occasion du vote de la loi de programmation, le gouvernement s'est efforcé d'identifier des réponses plus adaptées à la prise en charge des mineurs délinquants.
A l'encontre de ces mineurs, pourront désormais être prononcées, dès l'âge de 10 ans, des sanctions éducatives.
Ces sanctions ont pour objet d'apporter une réponse plus adaptée aux faits commis par les mineurs lorsque les mesures éducatives apparaissent insuffisantes et que le prononcé d'une peine constituerait une sanction trop sévère. S'agissant des mineurs âgés de 10 à 13 ans, à l'égard desquelles aucune sanction pénale n'est envisageable, ces sanctions éducatives autoriseront une réponse judiciaire plus ferme.
Comme je l'ai indiqué lors des débats parlementaires, ces sanctions éducatives apparaissent en réalité comme des sanctions que les parents du mineur délinquant pourraient être amenés à mettre eux-mêmes en œuvre, mais qui sont prononcées par l'autorité judiciaire se substituant à une autorité parentale défaillante.
Enfin, je souhaite conclure en vous faisant part de la vision que j'ai de l'évolution du service public de la protection judiciaire de la jeunesse, dual, mais complémentaire.
Le constat généralement partagé est celui d'un extrême cloisonnement des établissements et services en charge de ce service public, dont la principale ligne de fracture, mais non la seule passe entre le secteur public et le secteur associatif. Ce cloisonnement rend difficile la connaissance de " l'offre éducative globale " de protection judiciaire de la jeunesse à l'échelon départemental comme à l'échelon national, et plus encore la définition d'une politique construite et cohérente d'adaptation de cette offre aux besoins des juridictions en particulier, et de la prévention de la délinquance en général. La mise en place de schémas départementaux constitue dans cette perspective un instrument intéressant, mais insuffisant.
Il est donc nécessaire d'engager à tous les échelons territoriaux une véritable politique de complémentarité de l'offre éducative, afin de permettre la construction de parcours éducatifs cohérents, diversifiés et continus pour les mineurs pris en charge.
A cette fin, il pourrait être envisagé d'inviter le secteur associatif et le secteur public à un travail en profondeur au plan départemental et régional afin d'identifier les facteurs de cloisonnement, et de recenser de façon pragmatique les moyens d'une meilleure coordination. Ces travaux, qui pourraient être menés pendant l'année 2003, devraient aboutir à un réexamen des conditions administratives et financières d'association du secteur associatif au service public de la protection judiciaire de la jeunesse. La loi du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale, en instituant une possibilité de globalisation des budgets des établissements, remet déjà en cause les conditions de la tarification journalière.
Dans cette perspective, la pertinence et la signification de la procédure d'habilitation devraient également être réexaminées, comme le suggère à la fois la Cour des comptes dans son pré-rapport et la commission sénatoriale sur la délinquance des mineurs.
Ces travaux à l'échelon départemental et régional pourraient donner lieu, à la fin de l'année 2003, à une restitution nationale rassemblant les principales associations, leur fédération, les directeurs départementaux et régionaux de la PJJ. A cette occasion, je souhaite pouvoir annoncer les évolutions indispensables, notamment réglementaires et peut être législatives, induites par les propositions de rénovation de la collaboration entre les deux secteurs qui seraient formulées.
Je vous renouvelle mes remerciements pour l'organisation de ces journées d'études et vous redis toute la confiance que je place dans l'étroite et ancienne collaboration nouée avec le ministère de la justice au service de la prise en charge des mineurs en difficulté sous mandat judiciaire.
Vous vous engagez avec générosité, compétence et détermination pour l'intégration, au sein de la société, au sein de la République de ces jeunes, y compris de ceux " dont personne ne veut ", pour reprendre le titre, un peu provocateur, de l'un de vos ateliers.
Eh bien je puis vous assurer que la République a besoin de tous ces jeunes.
Par votre action, vous faites vivre ces valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, afin que tous ces jeunes, se retrouvent dans le creuset de la République, pour assumer un destin commun, en portant eux-mêmes ces valeurs.
Ainsi, vous donnez force à toute une génération, à qui il revient aujourd'hui de préserver et d'enrichir la République.
Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.
© Ministère de la justice - octobre 2002
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par ericjeanloicbreton le 2002-11-04 09:42:33
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Dimanche 3 novembre 2002
Ecrire ses mémoires en ligne pour les léguer aux héritiers [vendredi 01 novembre 2002 - 14h16 heure de Paris]

RENNES (AFP) - Ecrire ses mémoires en ligne pour les laisser en héritage à ses proches quand sonnera l'heure de l'ultime voyage, c'est ce que propose l'association Colombe qui se charge de veiller au respect des dernières volontés de ses défunts-adhérents préférant organiser à l'avance leurs obsèques afin de ne pas en laisser le souci aux proches endeuillés. Née en 1998 et basée à Rennes, l'association Colombe se veut un partenaire "désintéressé", affirme sa présidente Laurence Moguérou. Après avoir acheté un espace électronique auprès de l'association, le mémorialiste compose un recueil des principaux moments et souvenirs de sa vie. Au moment du décès, Colombe clôture le compte et grave l'intégralité de son contenu sur un CD-Rom remis à la personne préalablement désignée par le défunt. Le dépositaire peut à tout moment consulter les mémoires, en faire des copies, les imprimer mais, en aucun cas, les modifier. L'espace électronique est conçu de façon à pouvoir accueillir des textes et des photos. L'utilisateur garde une totale maîtrise du contenu. Il peut à son rythme rédiger les textes, les compléter et les modifier. L'espace, achetée pour 50 ou 75 euros, selon qu'on est ou non adhérent à Colombe, est organisé en sept chapitres intitulés, parmi lesquels, "mon portrait", "familles", "entourage", "événements"... L'association intervient notamment dans des situations délicates lorsque les dernières volontés du défunt se heurtent à l'opposition de proches ou de l'administration, comme le refus d'une mairie par exemple d'autoriser l'inhumation. Avant la mort, elle vérifie la faisabilité juridique et morale des souhaits exprimés, les enregistre puis les met à jour au fur et à mesure qu'ils évoluent. "Par exemple, la dispersion des cendres ne se fait pas n'importe où et n'importe comment", explique Mme Moguérou pour illustrer la caractère légal des souhaits du futur défunt. Au moment du décès, l'association vérifie l'exécution des dernières volontés du défunt. Des modifications peuvent y être apportées en raison de certaines conditions, comme par exemple la fermeture d'une église pour travaux. Elle délivre alors un visa permettant à l'entrepreneur des pompes funèbres d'exécuter les obsèques. Avec une cotisation de 75 euros dont une partie reversée au Groupement national des entrepreneurs de pompes funèbres (GNEPF), Colombe compte selon sa présidente 76.800 adhérents en France, dont 64,5% préfèrent l'inhumation. D'une moyenne d'âge de 74 ans, 65% des adhérents sont des femmes. L'une d'elle, Colette Delory, 76 ans, qui n'a pas de problèmes de santé et qui continue de voyager, a déjà choisi le bois et la couleur de son cercueil, ainsi que la musique qui accompagnera son dernier voyage. Elle a surtout exigé que le texte de l'homélie soit transcrit par le prêtre et remis à sa fille malentendante
par ericjeanloicbreton le 2002-11-03 12:28:50
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Samedi 2 novembre 2002
RÉFORME DE L'éTAT Pour améliorer les services publics Plagnol veut s'inspirer du modèle canadien
Ottawa : de notre envoyé spécial Jean Pigeot [31 octobre 2002]
 Quarante mille fonctionnaires de moins, soit 20 % des effectifs, et, à la clé, un budget national déficitaire qui devient excédentaire : cette forte médication canadienne, administrée en une législature, n'est assurément pas transposable en France. Elle a même quelques fâcheux effets secondaires, dont notre secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, Henri Plagnol, a été discrètement informé lors d'une visite sur place, la semaine dernière. En fait, ce n'est pas de ce modèle que le ministre était allé s'enquérir, mais des méthodes de gouvernement « en ligne » (l'e-gouvernement), de l'allégement des procédures administratives et du contrôle de gestion, ainsi que du système d'évaluation permanente des réformes, incontestables réussites.
La simplification du contact entre les usagers et l'administration est au coeur du dispositif. Les Canadiens en quête d'un renseignement sur leurs impôts, l'emploi, l'éducation, la santé, etc., ont accès à une ligne centralisée et gratuite pour l'ensemble du pays : 1 8000-Canada, couplé à un site web (canada.gc.ca). L'attente ne doit pas durer plus de trois sonneries et le problème trouve généralement une solution en moins de trois minutes. Plusieurs dizaines d'agents d'information bilingues (français et anglais), regroupés dans un immeuble d'Ottawa, la capitale fédérale, attendent les appels. Ils sont connectés à une base de données de près de 3 000 fiches, remises à jour aussi souvent que possible. Une recherche multicritère, appuyée sur une solide expérience, une bonne dose de patience et de bonhomie, leur permet de fournir le numéro de téléphone de telle administration ou tel bureau, avec les horaires d'ouverture, de renseigner sur le parcours d'une démarche ou de fournir le formulaire nécessaire, aussi compliqué que soit le problème posé.
« La France n'est pas en retard sur la mise en ligne du service public, note Henri Plagnol, tout de même impressionné par la visite des installations canadiennes. Ce qui nous manque, c'est le point de contact avec les citoyens. Il faut partir de l'usager comme client. » Les Français disposent déjà du site gouvernemental (internet.gouv.fr) et d'un portail assez complet (service-public.fr), des neuf Cira (centres interministériels de renseignement administratif), des nouveaux « Impôts info service » et de centres ministériels spécifiques, comme celui du ministère de la Justice, récemment inauguré, ou les Adil du logement. Difficile de s'y retrouver et impossible de faire connaître au public cette usine à gaz par voie de publicité. Henri Plagnol fait de la mise en service d'un portail unique à la canadienne une priorité.
Le système serait doublé d'un site web et d'un accès de guichet centralisé grâce à des terminaux, même dans les petites communes. « Il faudra y ajouter La Poste et les allocations familiales, qui ne dépendent pas directement de l'Etat », prévoit le ministre. Les premières expériences pourraient commencer fin 2003. L'allégement des procédures administratives est une autre histoire. Henri Plagnol a rencontré son homologue fédéral, Lucienne Robillard, secrétaire du conseil du Trésor, qui a été l'un des principaux artisans de la baisse des effectifs de la fonction publique. Le but de la manoeuvre, telle que Mme Robillard l'a décrite, était de parvenir à une meilleure rentabilité de l'administration. Lorsque l'un des experts de cette politique, Jocelyne Bourgon, dit que, sur dix postes, telle direction en a « sauvé cinq », cela n'a pas le même sens que dans une PME picarde ; cela signifie qu'on a trouvé le moyen de faire le même travail avec cinq fonctionnaires de moins... Les agents de l'Etat fédéral n'ont pas de sécurité de l'emploi et doivent composer avec ce souci de rendement, d'autant qu'une part de leur traitement est indexée sur leurs performances.
Nul n'a l'inconséquence de rêver pareil système pour la France. Henri Plagnol est convaincu que les fonctionnaires français peuvent, du moins, intégrer une « notion de management », mise en oeuvre dans « des unités de responsabilité à taille humaine ». Une commission indépendante serait chargée de « définir des objectifs et de les évaluer régulièrement ». On traiterait le sujet en concertation avec les syndicats, pour parvenir « non pas à une cogestion mais à une codétermination des objectifs ». Des « pilotes » seraient installés aux commandes de la réforme dans chaque ministère, sur le modèle des sous-ministres canadiens, avec rang d'autorité. Et, dans un système en ligne, chaque usager pourra donner son avis.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-02 10:08:09
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Vendredi 1 novembre 2002

Les radiations à l'ANPE en hausse de 72,8 %
L'AMPLEUR des radiations administratives à l'ANPE pour absence de réponse à une convocation inquiètent les syndicats et les associations de chômeurs. Fin septembre, elles ont progressé de 72,8 % sur un an. Le précédent record datait de juillet dernier (+ 109 % sur un an). « Le Pare (Plan d'aide au retour à l'emploi) est une véritable machine kafkaïenne qui dégraisse les fichiers en multipliant les rendez-vous donnés aux chômeurs », explique Noël Daucé du SNU-ANPE, tandis qu'AC (Agir contre le chômage) dénonce « des chiffres du chômage en trompe l'oeil. » L'association souligne que, depuis un an, moins « d'un tiers des chômeurs qui sont sortis de la liste des demandeurs d'emploi le sont pour reprise d'emploi ». Elle s'inquiète aussi de la multiplication des contrats de courte durée : « Moins de 50 % des offres d'emploi sont des offres de moins de six mois. » Les chiffres du ministère des Affaires sociales le confirment : l'emploi précaire a encore progressé en septembre : ainsi, si l'on intègre les demandeurs d'emploi ayant exercé « un petit boulot » en attendant d'avoir trouvé un emploi stable, le chômage a augmenté de 0,7 % le mois dernier, totalisant 2 678 200 personnes.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 14:08:58
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Vendredi 1 novembre 2002
• LE MONDE | 01.11.02 | 11h28 Pour des services publics à l'européenne
En vingt-quatre heures, la Commission européenne vient de souffler le chaud et le froid sur les "services publics à la française". Mercredi 16 octobre, elle choisissait de lancer un avertissement à la France en lui demandant de priver EDF de certains avantages liés à son statut d'établissement public industriel et commercial (EPIC). Elle a demandé notamment la suppression de la garantie de l'Etat sur les emprunts contractés par l'électricien, car cette caution améliore sa notation par les agences financières et réduit le coût de ses emprunts. D'où un avantage concurrentiel indéniable.
Pourtant, le lendemain, Romano Prodi, le président de cette même Commission, lançait dans Le Monde un vibrant et étonnant hommage au "niveau d'efficacité des services publics français". "C'est la force de la France et il serait bon que des pays imitent cette efficacité", a même rajouté le président tout en rappelant que "pour garantir le maintien de ce type de services, il faut avoir des règles claires qui ne suscitent pas des réactions négatives dans d'autres pays et qui respectent les règles de la concurrence".
Comment expliquer ce double langage ? La Commission cherche-t-elle à ménager les opinions publiques en acceptant de conserver l'enveloppe et l'habillage politique des services publics à la française mais en les vidant progressivement de leur substance ?
Car l'avertissement adressé au gouvernement français va bien au-delà du seul cas d'EDF. La décision de la Commission, particulièrement bien argumentée sur le plan juridique, pose des principes dont on voit mal pourquoi ils ne s'appliqueraient pas demain à La Poste ou à la SNCF. "Les effets de ces aides sont importants dans le contexte actuel de la libéralisation progressive des marchés de l'électricité et de l'expansion des activités d'EDF à l'étranger qui représentaient, en 1999, 18 % de son chiffre d'affaires, contre 12 % en 1998. Le produit de ses ventes en dehors du marché français de l'électricité était de 35 % pour l'ensemble du groupe en 2001, l'objectif pour 2005 étant de 50 %", expliquent les services du commissaire à la concurrence, Mario Monti. Il serait normal que la Commission adopte demain le même raisonnement pour la SNCF, qui poursuit déjà une stratégie d'expansion en Europe dans les domaines du fret et du transport de voyageurs ou pour La Poste, devenue le deuxième transporteur de colis en Allemagne.
TRIPLE "A" POUR LA RÉPUBLIQUE
Habile, la Commission a choisi de rappeler ce principe sur EDF, alors que l'entreprise n'a pas bénéficié depuis de nombreuses années de garanties d'emprunts explicites. Sa décision n'aura donc que des conséquences financières très limitées ne portant que "sur la portion des emprunts obligataires non encore amortie" (47 millions d'euros, une goutte d'eau pour EDF). Mais une fois ce principe affirmé, sans avoir provoqué une levée de boucliers, il sera plus facile de le mettre en œuvre dans d'autres cas plus sensibles. L'agence Standard & Poors, qui accorde un prestigieux triple "A" à la SNCF et à La Poste, car ces entreprises "bénéficient de la signature de la République", ne cache pas que la situation évoluerait si la garantie de l'Etat était remise en question.
Pas à pas, les services publics perdent donc leur spécificité. Leur monopole s'effrite (EDF, Gaz de France, La Poste), quand il n'a pas déjà disparu (France Télécom), le statut de leur personnel se banalise (les négociations à EDF et Gaz de France ont commencé) et les aides de l'Etat (directes ou indirectes) sont de plus en plus difficiles à faire admettre par Bruxelles. La Commission a beau rappeler "qu'elle ne remet aucunement en question le fait que l'Etat soit propriétaire du capital d'EDF et ne conteste pas non plus son statut d'EPIC", elle vide progressivement les services publics de leur substance.
La justification des services publics ne tient pas en effet à la propriété publique de leur capital. La théorie économique – puisqu'on parle bien ici de services publics industriels et commerciaux – les a d'ailleurs depuis longtemps justifiés. L'existence d'un monopole naturel, de rendements croissants (le coût d'un nouvel utilisateur du téléphone, de l'électricité, d'un pont ou d'une autoroute est quasi nul pour la collectivité) et d'économies d'échelle peut justifier, sur le plan de l'efficacité économique, l'appropriation collective de certains services au profit de tous. Une récente étude du cabinet anglo-saxon McKinsey vient d'ailleurs de reconnaître que la dérégulation était allée trop loin en matière de télécommunications aux Etats-Unis. Mais, dans le passé, la captation de la rente du monopole que s'est attribué l'Etat-actionnaire et l'inefficacité de certains services ont fait perdre de vue ces notions économiques de base et ont permis aux partisans d'un libéralisme conquérant de faire reculer le périmètre des services publics.
REDÉFINIR PRIVILÈGES ET DEVOIRS
Par ailleurs, la double équation service public égale monopole, égale entreprise à statut n'est pas démontrée. Depuis plus d'un siècle, la distribution d'eau en France, service public par excellence, est confiée à deux entreprises privées. De plus, en lançant les services publics français à la conquête de marchés étrangers, les différents gouvernements français ont suscité les foudres des concurrents privés qui se sont logiquement retournés vers Bruxelles pour obtenir des règles du jeu loyales et équitables. Les services de la Commission n'ont fait que leur devoir : empêcher que l'Etat français n'avantage ses entreprises nationales hors de ses frontières.
Plutôt que d'entretenir en France un débat biaisé sur le service public, il conviendrait sans doute de changer les règles du jeu à Bruxelles même et d'en redéfinir les contours, les privilèges et les devoirs. Puisque l'actuel président de la Commission semble y être sensible, il faut le prendre au mot et redéfinir, au niveau communautaire, les contours d'un "service public à l'européenne". Alors que l'Europe se prépare à accueillir les anciens pays du bloc de l'Est, la réflexion pourrait même porter sur la place des Etats dans l'économie, les secteurs stratégiques (en dehors de la défense), les aides autorisées (en matière de recherche et développement, par exemple) ou les aides d'urgence. Ne vient-on pas, ces dernières semaines, de voir Gerhard Schröder défendre le statut particulier de Volkswagen, Tony Blair voler au secours d'entreprises privatisées par ses prédécesseurs, mais en grande difficulté, et Silvio Berlusconi se poser en sauveur de Fiat ?
Christophe Jakubyszyn et Frédéric Lemaître • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.11.02 |
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:51:19
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Vendredi 1 novembre 2002
| L'Express du 31/10/2002 |
Jean-Luc Lagardère |
| Comment il est devenu si puissant |
| par Vincent Nouzille, Renaud Revel | |
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| En rachetant Vivendi Universal Publishing, le patron gascon est devenu, à 74 ans passés, le n°1 de l'édition en France. De l'aéronautique à l'armement, en passant par l'automobile et les médias, ce boulimique a su se tailler un empire à la mesure de son appétit. Pourtant, ça n'a pas toujours été facile. Retour sur une ascension en dents de scie |
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© S. Gladieu pour L'Express
 Arnaud et Jean-Luc Lagardère. «Arnaud incarne, à mes yeux, la continuité.»
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Ce 23 octobre, ils sont venus nombreux assister, en rangs serrés, à la remise de l'ordre national du Mérite à la romancière Irène Frain par Jean-Luc Lagardère. La veille, le patron du groupe éponyme a décroché contre toute attente le pôle édition de Vivendi Universal. C'est la première sortie publique de l'entrepreneur depuis l'annonce de l'opération et l'occasion pour un parterre d'écrivains, d'éditeurs et de journalistes de prendre le pouls du champion. Inutile de dire que Lagardère est hilare. Avec le sourire jubilatoire des jours de victoire, son adrénaline. Multipliant les poignées de main, «Jean-Luc» semble sur un nuage.
Il biche... En vérité, l'homme adorerait qu'on retienne de lui, à cet instant, qu'il excelle dans les grandes manœuvres comme aux premiers jours. Dans l'assistance, l'éditorialiste politique Philippe Alexandre ne perd pas une miette du spectacle et lâche d'un ton amusé à l'un de ses voisins: «S'il commence à remettre des décorations à tous ses auteurs, il n'a pas fini!»
Pour l'heure, l'industriel savoure son succès, obtenu à l'arraché. Avec un chèque de 1,25 milliard d'euros, il devrait pouvoir ajouter les maisons d'édition de VU (Plon-Perrin, Presses de la Cité, Robert Laffont, Dunod, Larousse, Bordas, Nathan, 10/18, etc.) à son pôle livres (Hachette, Grasset, Fayard, Lattès, Livre de poche, etc.). «On va ainsi sécuriser notre base nationale», explique Arnaud Largardère, fils unique de Jean-Luc, qui pilote les activités médias du groupe depuis 1998. La veille, dans les étages de la rue de Presbourg, au siège de son groupe, les effusions, à la mesure du coup de théâtre, allaient bon train. «Un heureux dénouement qui vient compenser les jours sans», savoure l'un des féaux de Jean-Luc.
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Il a la mine enchantée d'un gamin espiègle qui s'ingénierait à perpétuellement surprendre son monde |
Après un coup de fil, aux environs de 17 heures, de Jean-René Fourtou, PDG de Vivendi Universal, venu lui annoncer la bonne nouvelle, Jean-Luc Lagardère est allé féliciter ses troupes. Une task force composée d'Arnaud Lagardère, de Jean-Louis Lisimachio, le patron de la branche livre du groupe; de Dominique D'Hinnin et Jean-Luc Alavennat, les financiers; de Frédérique Bredin, qui aura géré le dossier à Bruxelles, de Thierry Funck-Brentano et Jean-Pierre Joulin, deux sherpas, chargés de la communication, efficaces lobbyistes à leurs heures.
Le Gascon triomphe, avec cet air ravi qui semble dire: «Eh oui, c'est moi encore qui l'ai fait.» Comme aux temps bénis, quand il rachetait à la hussarde Hachette, redressait l'audience d'Europe 1 ou reprenait le contrôle de Matra privatisée. Il a la mine enchantée d'un gamin espiègle qui s'ingénierait à perpétuellement surprendre son monde, jusqu'à son propre fils, pour montrer qu'il a encore du panache. L'éternel retour d'un homme qui n'a cessé de rebondir. N'en déplaise parfois à ses lieutenants, ces «Lagardère boys» redoutés qu'il bouscule souvent sans jamais les punir vraiment, Jean-Luc reste, à 74 ans passés, le maître du jeu. «Dès qu'il relâche un peu la pression, il sent que des forces centrifuges sont à l'œuvre, alors il ne peut s'empêcher de penser qu'il doit reprendre les choses en main», s'amuse l'un de ses proches. D'aucuns y voient le syndrome d'un monarque vieillissant, incapable de lâcher prise, se croyant toujours indispensable. Mais, avec l'opération VUP, les barons, une fois encore, ont compris que le boss n'était pas près de dételer!
Ce Gascon hyperactif n'a pas toujours été aussi fin tacticien. Lorsqu'il déboule, en 1962, aux commandes de la petite société Matra, le jeune ingénieur de Supélec, qui a planché durant dix ans sur les tables à dessin de Dassault, est alors un trublion vibrionnant. «Il était animé d'une véritable fureur d'entreprendre», se souvient l'un des compagnons de l'époque. Il commence ses réunions à 7 h 45 du matin, recrute à tour de bras, se passionne pour l'aventure spatiale, voyage quarante-huit heures d'affilée pour aller vendre ses missiles en Australie. Au volant de sa DS, il roule à tombeau ouvert, au point que ses troupes finissent par le surnommer «Vroum Vroum». Rien ne l'arrête. Avant d'agir, la seule question fondamentale qu'il se pose est: «A ma place, que ferait John Wayne?» Dégainer avant de réfléchir. Cette ligne de conduite rustique permet à Matra de décoller. Néanmoins, elle se révèle parfois dangereuse. Car Lagardère préfère risquer un dérapage que retenir un élan. Et, gaulliste devenu pompidolien avant de se convertir au giscardisme, il s'enflamme pour les grands projets industriels du pays. Les contrats d'armement pleuvent. Giscard lui promet une chaîne de télévision et lui offrira Hachette sur un plateau. Du coup, il est sollicité pour sauver d'autres secteurs. Il avait refusé de reprendre Lip, mais, au milieu des années 1970, il vient au secours des compteurs Jaeger, de Solex, des horlogers Yema et Jaz, des composants électroniques, du fabricant de munitions Manurhin, d'usines de téléphonie. Erreurs de taille
La plupart de ces diversifications se termineront, sous Mitterrand, en véritable Berezina industrielle! Au moment de l'arrivée au pouvoir des socialistes, en 1981, Jean-Luc plaide d'ailleurs la mauvaise santé financière de ses activités «civiles» pour éviter une nationalisation complète et un démantèlement de son empire… Ce sont les juteuses commandes d'armes, notamment de l'Irak, qui sauvent finalement le groupe d'une faillite au milieu des années 1980.
Lagardère l'a échappé belle. «Jamais plus je ne me laisserai dicter mes décisions par les politiques», dit-il alors. Conjurant cette erreur - «Je ne fais jamais deux fois la même», répète-t-il souvent - il en commet immédiatement une autre, et de taille: celle de se croire invincible quand il est donné favori lors de la privatisation de TF 1 en 1987. Soutenu officieusement par Jacques Chirac à Matignon et François Léotard au ministère de la Culture, Jean-Luc Lagardère prend à peine le soin de préparer sérieusement sa candidature, avec ses lieutenants Etienne Mougeotte et Yves Sabouret. Puisque Hachette doit devenir un «grand groupe français multimédia», le Gascon ne voit pas ce qui pourrait l'arrêter! Il sous-estime le pouvoir de lobbying du challenger Francis Bouygues, qui mitonne son offre en s'adjoignant, notamment, les services de Bernard Tapie et de Robert Maxwell. Cet étrange attelage bénéficie de l'appui de publicitaires, comme Jacques Séguéla, qui hurle contre les futurs pouvoirs de Hachette, la «pieuvre verte», tout en ayant l'oreille de Francois Mitterrand à l'Elysée. Au terme d'une intense bagarre médiatique et de pressions discrètes, le lièvre Hachette est battu sur le fil par la tortue Bouygues. «De ma vie, je n'ai jamais contesté la décision d'un arbitre ni souhaité mauvaise fortune au vainqueur. Il paraît que cette élégance me coûte cher. Tant pis», écrit-il, dans une chronique publiée le 5 avril 1987 dans l'un de ses journaux, Le Journal du dimanche, au lendemain de sa défaite. Mais l'homme d'affaires contrit ne peut s'empêcher d'entonner un couplet cocardier dont il est coutumier: «Je pense (...) à la France et j'éprouve une grande tristesse.»
En réalité, Lagardère, en patriote fervent, admirateur de De Gaulle comme de Louis XIV, croit toujours que ses intérêts servent le drapeau qu'il arbore avec fougue. Pour cet industriel de l'armement, qui a connu plusieurs dizaines de ministres de la Défense depuis ses débuts en 1952, ce credo est naturel. A ses yeux, promouvoir Matra ou Hachette, c'est défendre des attributs de la souveraineté nationale, dont il se sent un peu le dépositaire. Les évincer, c'est affaiblir le blason tricolore! Il est vrai que, avec ses missiles, ses satellites, ses Airbus, ses livres scolaires, sa radio influente (Europe 1), ses éditeurs renommés et sa kyrielle de magazines (de Paris Match à Elle), Jean-Luc Lagardère gère des «secteurs sensibles», dont l'influence dépasse largement leur seul poids économique. «C'est ma responsabilité et ma fierté», avoue-t-il, dans un de ses accès de fausse modestie dont il a le secret.
Il a toujours joué avec force - et parfois avec une emphase agaçante aux yeux de ses concurrents - de ces arguments. Lorsque La Cinq, reprise aveuglément en 1990 à un Robert Hersant ravi de l'aubaine, s'abîme dans un désastre financier, Hachette risque le dépôt de bilan. Lagardère répète alors partout que le danger est grand de voir les géants américains ou allemands fondre sur les livres scolaires de l'Hexagone! Effrayés, Pierre Bérégovoy à Matignon et Jean-Yves Haberer au Crédit lyonnais décident d'aider le Gascon. La banque publique appuiera la fusion Matra-Hachette, qui sauve le groupe du désastre en 1992. Et permet à Jean-Luc de mettre enfin son nom de famille au fronton du nouvel ensemble, qu'il contrôle désormais fermement. La cause «nationale» rejoint ainsi les intérêts patrimoniaux et le projet dynastique de Lagardère! Intérêts tricolores
Ce mélange des genres ne le choque pas. Mais peu de gens se rappellent qu'il n'a pas toujours conservé les actifs «nationaux» dont il avait hérité: ses composants furent autrefois revendus à l'allemand AEG, son horlogerie au japonais Seiko, ses équipements automobiles à l'italien Fiat. Et, aujourd'hui, il cherche désespérément un repreneur, probablement étranger, pour les usines de Matra Automobile, qui viennent d'arrêter la fabrication de l'Espace, son modèle best-seller.
Il n'empêche. Lagardère continue de plaider la «défense des intérêts tricolores» pour pousser ses pions. Et cela marche! Ainsi, écarté de la privatisation de Thomson en 1997, Lagardère est revenu par la fenêtre dans le dossier Aerospatiale en 1998: «Il a dealé avec Jospin de manière très politique en lui disant: “Confiez-moi les clefs d'Aerospatiale et je vais en faire le noyau d'un grand groupe européen d'aéronautique et de défense, dont vous pourrez être fier.” Jospin lui a fait confiance. Et Lagardère, qui a reçu ce cadeau inespéré, a tenu parole», raconte un initié. Le géant EADS est né à Strasbourg en octobre 1999. Jean-Luc est son parrain incontesté, décidé à rester aux manettes au moins jusqu'en 2006!
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Même s'il se sait désormais incontournable, le Gascon prépare méticuleusement le terrain |
Ses ambitions ne s'arrêtent pas là. Lagardère rêve d'une télévision pour son empire. «Il n'est pas question d'une quelconque revanche, mais la télévision fait partie des activités nécessaires à un grand groupe de communication», explique Arnaud. En juillet dernier, Jean-Luc a refusé le dossier Canal +, qu'il jugeait trop plombé. Son fils n'a pas dit son dernier mot, si le train de Canal + venait à repasser ou si France 2 devait être privatisée. Le père garde aussi un œil vigilant sur toutes les opportunités de croissance dans l'aéronautique et la défense. Il ne croit guère aux alliances transatlantiques, contrairement aux espoirs de son bras droit, Philippe Camus, qui codirige EADS avec l'Allemand Rainer Hertrich. Pour renforcer définitivement le camp français au sein d'EADS, il aimerait reprendre des morceaux de Thales (l'ex-Thomson) qui lui avait échappé en 1997 ou arrimer solidement l'avionneur Dassault à son navire amiral. Seul problème: Thales veut préserver son indépendance et Serge Dassault, maître chez lui, n'est pas du genre à se laisser croquer par l'ami Jean-Luc, qu'il a toujours considéré comme un missilier sous-traitant!
Du coup, même s'il se sait désormais incontournable, le Gascon prépare méticuleusement le terrain. Il a retenu quelques leçons de ses erreurs passées: suivre sa voie, bien étudier les actifs à reprendre, ne pas trop croire les promesses des politiques, ne pas partir à l'offensive en super-favori, user à bon escient de la fibre patriotique, faire jouer les bons réseaux de lobbying. Sous Jospin, il avait discrètement recruté comme conseiller un certain Jean-Jacques Piette, ancien banquier qui avait ses entrées privilégiées à Matignon. Il utilisait les carnets d'adresses des publicitaires, comme Maurice Lévy, proche de DSK, ou Stéphane Fouks, conseiller de Jospin. Branle-bas de combat
La donne change-t-elle, comme en mai dernier? Lagardère s'adapte. Il a immédiatement écrit à Jacques Chirac, qu'il tutoie depuis les années 1960, pour le féliciter de sa réélection et l'assurer de son loyal soutien d'industriel. Le 29 mai, il a déjeuné secrètement en tête à tête avec Jean-Pierre Raffarin, histoire de lui expliquer ses projets, tant dans le domaine de la communication que de la défense. Son lieutenant fidèle, Jean-Pierre Joulin, garde le contact avec son ami Dominique de Villepin. Son fils, Arnaud, qui a embauché Isabelle Juppé, épouse du maire de Bordeaux, comme chargée d'études, apprend également l'art des réseaux à la française. Jean-Luc est son maître. Et dans son offensive sur VUP, une pure opportunité, il a déployé tous ses talents.
«On ne lâche rien!» D'emblée, Jean-Luc Largardère met la pression quand, au début de septembre, il décide de foncer. Jacques Chirac à l'Elysée et Jean-Pierre Raffarin à Matignon - craignant qu'une partie du patrimoine culturel français ne tombe entre les mains de fonds d'investissements anglo-saxons - ont fini de le convaincre de jouer les chevaliers blancs. Le 13 septembre, le groupe officialise son intention de rachat. Et c'est le branle-bas de combat. Dans les étages de la rue de Presbourg, aucune place n'est laissée au doute. Invoque-t-on devant lui ses faibles chances de gagner, le groupe risquant d'être accusé de concentration excessive, le voilà qui se crispe et durcit le ton: l'œil plus noir, Lagardère répond combativité, défi majeur, enjeu culturel… A quelques rectifications de frontières près - on le dit prêt à céder les éditions Bordas et Nathan à Albin Michel - son dossier passera l'obstacle bruxellois, il s'en dit convaincu. «Nous respecterons scrupuleusement les textes et nous sommes disposés à discuter avec tout le monde», lâche Arnaud Lagardère. Son père y croit dur comme fer. Comme il a cru aux missiles, à l'électronique, aux voitures ou à la radio, avec cette évidence qui lui tient lieu de logique. Pour le reste, qu'on le laisse conduire l'opération. Il a les capitaux, les structures, l'entregent, les hommes et… la haine de la défaite.
En ville, Arnaud Lagardère ne s'embarrasse pas de nuances pour comparer, sans ambages, la bataille qui s'annonce alors à l'épopée napoléonienne produite par l'une des filiales du groupe, GMT, et que France 2 s'apprête à diffuser. Après que le père et le fils ont fêté de concert et en grande pompe, le 20 septembre, sous la coupole des Invalides, le lancement de cette saga avec des accents martiaux, VUP doit être leur «pont d'Arcole!»
«C'est une longue histoire», commente Arnaud. Le groupe français, associé à la firme d'investissement new-yorkaise Ripplewood, affronte deux concurrents, deux consortiums financiers: l'un emmené par Paribas Affaires industrielles - qui aura mobilisé pour cela une équipe de 140 personnes - l'autre conduit par Eurazeo, filiale de la banque Lazard, associée au Crédit agricole et à la banque d'affaires américaine Carlyle. L'enjeu est de taille. Jamais, en effet, en France, le monde de l'édition n'avait connu une opération d'une telle envergure. Un zeste de nervosité
Les handicaps de Lagardère? Ils sont légion, en ce début de septembre: il y a d'abord l'emprise qu'il exerce déjà sur un large pan du monde de l'édition. Il y a aussi cette menace que ferait peser cet accord sur le pluralisme et que dénoncent les éditeurs indépendants, emmenés par Gallimard et le Seuil. Il est vrai que l'alliance Hachette-VUP pèserait entre 40 et 50% du chiffre d'affaires de l'ensemble de l'édition hexagonale, et même 80% pour le livre scolaire, le livre de poche ou la distribution. Il y a encore la Commission européenne de Bruxelles, qui surveille de près le respect des règles de concurrence. Sans compter l'intense campagne de lobbying que déclenchent, tous azimuts, ses deux concurrents, bien décidés à briser les reins de Lagardère. Un front compact, auquel il faut ajouter les réticences d'Agnès Touraine, patronne de VUP, celles de l'ancien patron d'Axa, l'influent Claude Bébéar, et les extrêmes réserves de son affidé Jean-René Fourtou, président de VU, plus enclin à succomber aux sirènes de Paribas, donné grand favori.
La bataille est loin d'être gagnée. Mais l'industriel n'en laisse rien paraître. Seuls ses proches peuvent déceler un zeste de nervosité, une élocution plus brusque, des éclats de rire convenus. En vérité, l'homme est au four et au moulin, jamais meilleur bretteur que quand il se retrouve le dos au mur. Car ses concurrents ont sous-estimé deux choses dans cette affaire. Le poids du politique, d'abord: en privilégiant les seuls aspects financiers du dossier, ses concurrents - aréopage de banquiers - sont passés à côté de la plaque. Et la ténacité de Jean-Luc Lagardère, en personne, ensuite. Armé de son seul calepin et d'un téléphone, il a ratissé des jours durant l'establishment, convainquant, un à un, ceux qui pouvaient entraver sa route, s'assurant du soutien de ceux qui pourraient peser sur l'issue finale. C'est Jacques Chirac, au premier chef, qui l'encourage à aller jusqu'au bout. C'est Jean-Jacques Aillagon, le ministre de la Culture, qui lui apporte son appui au fil de fréquents entretiens téléphoniques. Il sait aussi qu'il peut compter sur l'oreille attentive de Jean-Bernard Levy, l'un de ses anciens collaborateurs devenu le n° 2 de Vivendi Universal. Ou de Jacques Espinasse, actuel directeur financier de VU et ancien cadre dirigeant du groupe Havas, qui s'opposa, en 1992, au projet de raid que préparait son PDG de l'époque, Pierre Dauzier, sur le groupe Hachette.
Entre-temps, Jean-Luc Lagardère, qui n'a pas renoncé à sa partie de tennis quotidienne, aura pris la plume pour dire son «amour du livre» dans une tribune fleuve publiée par Le Monde. En même temps, il assiste, ravi, à la montée en ligne, bien orchestrée, de quelques-uns de «ses» éditeurs fétiches, dont Claude Durand, le patron de Fayard. Lagardère l'outsider, drapé dans sa toge de défenseur de l'exception culturelle, sera finalement gagnant. Pour cela, il aura fallu persuader Jean-René Fourtou, qu'il fit nommer naguère au sein du conseil de surveillance d'EADS comme personnalité extérieure, qu'il était plus judicieux de vendre séparément, et non d'un bloc, les parties française et américaine - en l'occurrence l'éditeur Houghton Mifflin - de VUP. Puis le convaincre de la justesse de son offre, avec mieux-disant financier et culturel à la clef. Lagardère s'y est employé, l'Elysée et Matignon également. Et l'accord s'est fait après que Bernadette Chirac eut organisé un dîner qui a permis aux deux hommes de régler en aparté les ultimes détails d'une opération rondement menée. Même les détracteurs de Jean-Luc Lagardère en sont restés pantois. Un grand banquier d'affaires parisien commente: «Avec cette opération commando sur VUP, il a fait preuve d'un sens de la manœuvre exceptionnel. Jean-Luc nous a tous roulés dans la farine. Chapeau bas!»
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par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:45:46
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Vendredi 1 novembre 2002
| L'Express du 31/10/2002 |
Xavier Darcos |
| «Redonnons une certaine solennité à l'école» |
| propos recueillis par Claire Chartier |  |
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| Ses prédécesseurs ont déjà lancé six plans antiviolence en une décennie. Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire, s'attelle, à son tour, à la lourde tâche de rétablir la «paix scolaire» sous les préaux de la République et dévoile son plan antiviolence à L'Express. Suivi des élèves, rappel des règles, collaboration de l'école avec des partenaires extérieurs: Xavier Darcos épouse avec une ardeur nouvelle une philosophie déjà appliquée dans certains établissements de pointe. En insistant sur le nécessaire retour à l'autorité |
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Vous souhaitez un «changement de mentalité», dites-vous. Mais encore?
La discipline procède du savoir. Il faut rappeler cette évidence pour rétablir l'autorité des enseignants et la hiérarchie entre les jeunes et les adultes. Mais nous devons aussi redonner une certaine solennité à l'école. A chaque rentrée, les élèves et leurs parents seront reçus séparément par un membre de la communauté éducative - un enseignant, par exemple. Ils devront lire le règlement intérieur et signer un «code d'honneur». C'est une façon de responsabiliser les familles. Comment réagir face aux élèves les plus violents?
Au lycée, les jeunes majeurs doivent pouvoir être exclus définitivement sans conseil de discipline. Pour les autres, nous venons de signer une convention avec la Ligue de l'enseignement et d'autres associations de l'éducation populaire afin d'assurer leur prise en charge. Les élèves qui sont vraiment intenables en cours doivent être éloignés un temps de leur établissement et recevoir un enseignement adapté. Des classes relais avec de très petits effectifs existent déjà. Nous y ajoutons des ateliers relais de six à dix jeunes, pilotés par les associations, qui feront collaborer leurs membres et leurs réseaux. N'est-ce pas se décharger du problème?
Il n'est pas normal qu'une poignée d'élèves empêche tous les autres de travailler! Nous n'abandonnons pas ces jeunes. Ce «détour» pédagogique ne pourra pas se prolonger au-delà d'une année scolaire. Ensuite, nous évaluerons l'évolution de chaque élève. Pour ceux qui sont réceptifs aux sanctions, nous insisterons sur les mesures de réparation - les travaux d'intérêt général, notamment. Les élèves exclus temporairement pourront suivre un stage de quelques jours dans un Samu, par exemple, ou dans une caserne de pompiers, pour qu'ils comprennent ce que veut dire l'engagement, la responsabilité, la souffrance. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes perdent complètement le réel de vue. Quant aux victimes de violence - enseignants, élèves, chefs d'établissement - elles pourront s'adresser à un adulte référent. Et sur le plan pédagogique?
Les élèves de première et de terminale seront encouragés à aider les plus jeunes sous la forme du tutorat. Nous instaurerons également une vraie continuité dans les programmes d'éducation civique, de l'école primaire au lycée. Enfin, nous souhaitons augmenter le nombre de postes d'enseignant «à exigences particulières» dans les zones sensibles. | |
| Ses prédécesseurs ont déjà lancé six plans antiviolence en une décennie. Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire, s'attelle, à son tour, à la lourde tâche de rétablir la «paix scolaire» sous les préaux de la République et dévoile son plan antiviolence à L'Express. Suivi des élèves, rappel des règles, collaboration de l'école avec des partenaires extérieurs: Xavier Darcos épouse avec une ardeur nouvelle une philosophie déjà appliquée dans certains établissements de pointe. En insistant sur le nécessaire retour à l'autorité |
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Vous souhaitez un «changement de mentalité», dites-vous. Mais encore?
La discipline procède du savoir. Il faut rappeler cette évidence pour rétablir l'autorité des enseignants et la hiérarchie entre les jeunes et les adultes. Mais nous devons aussi redonner une certaine solennité à l'école. A chaque rentrée, les élèves et leurs parents seront reçus séparément par un membre de la communauté éducative - un enseignant, par exemple. Ils devront lire le règlement intérieur et signer un «code d'honneur». C'est une façon de responsabiliser les familles. Comment réagir face aux élèves les plus violents?
Au lycée, les jeunes majeurs doivent pouvoir être exclus définitivement sans conseil de discipline. Pour les autres, nous venons de signer une convention avec la Ligue de l'enseignement et d'autres associations de l'éducation populaire afin d'assurer leur prise en charge. Les élèves qui sont vraiment intenables en cours doivent être éloignés un temps de leur établissement et recevoir un enseignement adapté. Des classes relais avec de très petits effectifs existent déjà. Nous y ajoutons des ateliers relais de six à dix jeunes, pilotés par les associations, qui feront collaborer leurs membres et leurs réseaux. N'est-ce pas se décharger du problème?
Il n'est pas normal qu'une poignée d'élèves empêche tous les autres de travailler! Nous n'abandonnons pas ces jeunes. Ce «détour» pédagogique ne pourra pas se prolonger au-delà d'une année scolaire. Ensuite, nous évaluerons l'évolution de chaque élève. Pour ceux qui sont réceptifs aux sanctions, nous insisterons sur les mesures de réparation - les travaux d'intérêt général, notamment. Les élèves exclus temporairement pourront suivre un stage de quelques jours dans un Samu, par exemple, ou dans une caserne de pompiers, pour qu'ils comprennent ce que veut dire l'engagement, la responsabilité, la souffrance. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes perdent complètement le réel de vue. Quant aux victimes de violence - enseignants, élèves, chefs d'établissement - elles pourront s'adresser à un adulte référent. Et sur le plan pédagogique?
Les élèves de première et de terminale seront encouragés à aider les plus jeunes sous la forme du tutorat. Nous instaurerons également une vraie continuité dans les programmes d'éducation civique, de l'école primaire au lycée. Enfin, nous souhaitons augmenter le nombre de postes d'enseignant «à exigences particulières» dans les zones sensibles. |
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:21:09
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